Cartographier les formes du commun

Par Agathe Anglionin26 juin 2026In Articles, 2026

 

 

Artiste grecque née en 1988, Nefeli Papadimouli vit et travaille entre Athènes et Paris. Formée à l’architecture avant d’intégrer les Beaux-Arts de Paris puis Le Fresnoy, elle développe depuis une dizaine d’années une pratique qui mobilise aussi bien la sculpture, la performance, le dessin ou le textile. Son travail s’inscrit dans un champ de recherche où dialoguent les avant-gardes participatives, les expérimentations chorégraphiques et les réflexions contemporaines sur les communs, l’espace public et les formes de coexistence.

Présentée au Grand Café puis au Radôme à Saint-Nazaire, l’exposition Garden of Commons prolonge ces préoccupations en les confrontant à un territoire marqué par l’histoire industrielle, les luttes collectives et la présence du jardin conçu par Gilles Clément sur le toit de la base sous-marine. Plus qu’une exposition au sens traditionnel, le projet se déploie comme un ensemble de situations où les œuvres n’existent pleinement qu’à travers leur activation par les corps.

L’artiste s’intéresse moins à la représentation du collectif qu’aux conditions de son apparition. Ses sculptures textiles, costumes modulaires et dispositifs participatifs fonctionnent comme des structures relationnelles ouvertes. Ils invitent les visiteurs à expérimenter des formes temporaires d’assemblage, de coopération ou de négociation. L’artiste hérite ici autant de la pensée architecturale que des pratiques performatives des années 1960 et 1970, tout en les réinscrivant dans des questionnements contemporains sur les usages partagés de l’espace et la fabrication du lien social.

L’exposition trouve son point d’équilibre dans une tension féconde entre protocole et imprévu. Les œuvres proposent des règles, des partitions ou des scénarios, mais leur devenir reste indéterminé. À travers Lignes de désir, Skinscapes ou encore la performance Blowing the Whistle, Papadimouli fait émerger des cartographies mouvantes où le corps devient à la fois mesure, outil de relation et vecteur de transformation. Les notions de frontière, d’identité ou de communauté n’y sont jamais considérées comme acquises ; elles se construisent au contraire dans l’expérience, le déplacement et la rencontre.

Sans céder à l’utopie naïve du « vivre ensemble », Garden of Commons interroge les formes concrètes de l’action collective. En donnant une place centrale à la vulnérabilité, à l’interdépendance et à la participation, Nefeli Papadimouli propose une réflexion sensible sur la manière dont les corps habitent, négocient et réinventent les espaces communs aujourd’hui.

INFOS:

NEFELI PAPADIMOULI

GARDEN OF COMMONS

Au Grand Café : du samedi 13 juin au dimanche 4 octobre 2026

Au Radôme : du mercredi 23 septembre au dimanche 18 octobre 2026

Performance le samedi 3 octobre

 

 

 


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