100% L'EXPO - GRANDE HALLE DE LA VILLETTE

 

 

L’instantané 2026 de la jeune création investit en format XL la Grande Halle de La Villette avec une trentaine d’artistes sélectionné.es par la commissaire Inès Geoffroy accompagnée d’un jury de professionnels. Parmi les nouveautés de cette 8e édition l’ouverture à l’ensemble des écoles du territoire, un signal fort !

 

Marie de la Fresnaye : Quelles sont les nouveautés de cette 8e édition ?

Inès Geoffroy : Une nouveauté importante concerne le processus de sélection selon notre volonté d’ouverture à l’ensemble des écoles d’art françaises (45 au total). Cela avait du sens et nous allons poursuivre pour les prochaines éditions. Nous nous adressons toujours aux artistes diplômés sur un horizon de cinq ans. Le spectre est assez large dans la mesure où nous ouvrons à la performance et au spectacle vivant dans le cadre de la programmation associée. Nous avons adapté la scénographie par rapport aux mesures générales de sobriété qui concernent l’ensemble des établissements publics.

MdF : Quelles sont les thématiques récurrentes ?

IG : La question de la mémoire, de l’archive personnelle, des récits manquants, à partir de sources d’archives personnelles ou collectives et communautaires. Je citerais à ce titre : Valentin Saez qui mène un travail sur l’archive des luttes LGBT en Espagne, notamment sur la période de Franco, ou Bahar Kocabey, d’origine kurde, qui travaille sur la mémoire de l’exil et des personnes déplacées. 

Le corps reste une porte d’entrée dans une dimension politique comme avec l’artiste et designeuse Tatiana Da Silva Vaz et l’expérience du corps noir dans un contexte de normes et de pouvoir, ou Dahlia Koum Sam avec une poétisation des luttes. Cela rejoint de nombreux enjeux sur des voix minorisées et en dehors des récits hégémoniques. C’est une autre constante de l’exposition. Cette thématique engage des questions autour des déplacements des normes, du genre, en termes d’écriture de l’image et du langage.

MdF : Y a-t-il des médiums qui dominent ? 

IG : De manière générale, notre volonté est d’offrir une sélection qui illustre une réelle diversité. Il ressort une approche multiformat avec des artistes qui passent de la photo et la vidéo à la céramique pour non plus se focaliser sur un seul médium, contrairement aux années précédentes. Le textile est encore présent cette année, notamment avec une grande installation de Charlotte Alves, qui investit tout l’espace de l’atrium. Elle engage un travail sur notre rapport avec le vivant, une notion que l’on retrouve également dans l’exposition autour des liens entre humain et non-humain.

MdF : L‘IA est-elle convoquée par les artistes de cette édition ?

IG : Je pense que l’IA prend sa place au même titre que dans d’autres sphères même si l’on ressent un certain essoufflement après un effet d’emballement.

MdF : Comment procédez-vous en matière de sélection ?

IG : Sur les 600 candidatures reçues, nous avons sélectionné à partir d’une lecture de portfolios une trentaine d’artistes, sans compter les artistes qui participent au volet performance. Le jury était constitué cette année de : Corentin Darré – artiste ; Alexia Abed – critique d’art et commissaire d’exposition indépendante ; Marion Vasseur Raluy – directrice du CAC Brétigny, et moi-même. Des critères plus techniques entrent en compte au regard de la sécurisation des œuvres face à une large fréquentation, ce qui exclut des œuvres trop fragiles.

MdF : Est-ce que vous prenez en charge la production ?

IG : Nous apportons un soutien global à la production quand cela s’avère nécessaire, notamment en photographie pour de nouveaux tirages, ou en scénographie quand il faut ajuster les œuvres par rapport à l’échelle de la Grande Halle, qui est de 3 500 mètres carrés et 17 mètres de hauteur sous plafond.

MdF : Au niveau de la programmation associée, quels temps forts ? 

IG : Outre le week-end spécial performance, nous revendiquons un format spectacle vivant avec deux chorégraphes palestiniennes émergentes Marah Haj Hussein et Nur Garabli. C’est leur première création ensemble. A l’issue de leur représentation, un échange sera organisé autour des questions de création dans des contextes d’exil ou de conflit. 

MdF : Avec l’extension à Madrid, le partenariat avec l’Institut français est reconduit. Comment cela se traduit-il ?

IG : C’est la deuxième année consécutive avec comme principe d’exposer à Madrid une sélection d’artistes de l’année précédente. La sélection est réduite dans le cadre de la foire ARCO avec une attention à valoriser des artistes issu.es d’Amérique du Sud qui se sont formé.es dans les écoles françaises pour encourager les échanges et la mobilité entre artistes.  

MdF : Quels facteurs différencient votre engagement en faveur de l’émergence ?

IG : Notre projet à 100% est un fonctionnement avec les écoles, c’est aussi notre ligne directrice. Nous allons poursuivre cette ligne dans la mesure où depuis plusieurs années, les écoles françaises sont en difficulté. De plus étant donné la présence à la Villette d’équipes techniques dédiées au spectacle vivant, on encourage des effets de scénographie assez ambitieux.  

 

Entretien réalisé par Marie de La Fresnaye

 

Infos pratiques

100% L’Expo
Jusqu’au 26 avril 2026
Grande Halle de La Villette
211 avenue Jean Jaurès, Paris 19e

 

 


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