FEUX DE JOIE AU CENTRE CULTUREL JEAN COCTEAU
Dans le cadre de la saison BOUM !, consacrée à la fête et à ses rituels, l’exposition propose une relecture du roman d’initiation de Goliarda Sapienza, L’Art de la joie, et de son héroïne Modesta, déterminée à s’affranchir de toute forme de déterminisme. L’exposition suit les différentes étapes de sa vie intime et politique dans les espaces de l’Hôtel d’Anglemont, ancien pensionnat pour jeunes filles et aujourd’hui siège du Centre culturel Jean Cocteau aux Lilas. Un espace d’isolement et de possible émancipation, réactivé par les quatorze artistes femmes réunies par les trois commissaires Marianne Derrien, Luca Avanzini et Thomas Maestro.
Marie de la Fresnaye : Le parcours commence dès la façade du centre culturel avec une installation de l’artiste Liên Hoàng-Xuân qui se prolonge à l’intérieur dans la séquence Le vent qui emporte
Luca Avanzini : Les grands papillons de Liên Hoàng-Xuân sur la façade invitent le public à entrer au sein d’un parcours qui fait de la transformation de soi et des autres son horizon.
A l’intérieur, Le vent qui emporte est à la fois celui du passé, du souvenir, et celui de l’avant, de la cavale. Aux papillons accrochés aux pylônes s’ajoutent des vidéos montrant des femmes qui déjouent des stéréotypes de beauté féminine, en écho aux panneaux publicitaires blanchis par le soleil méditerranéen.
MdF. Dans la section suivante « Mon cœur, œil et centre », comment est suggérée l’idée d’un feu intérieur ?
LA : Hyewon Mia Lee travaille sur les récits de femmes oubliées ou effacées de l’histoire. Chuchoter une chute est une installation/architecture composée des corps de deux jeunes amantes qui, allongées au sol, se cachent sous un linceul pour trouver un espace d’intimité dans une société où leur amour est interdit. En coréen, le mot « chute » dans le titre, signifie à la fois tomber et décevoir ; une chute morale, souvent associée au féminisme ou à l’homosexualité.
MdF : Dans l’alcôve, le film « Adoration » de Pauline Curnier Jardin a été tourné dans une prison pour femmes à Venise, un autre écho de l’enfermement des corps.
LA : Après la pandémie, Pauline Curnier Jardin a réalisé un projet d’écriture et de dessin avec les détenues de la Casa di Reclusione Femminile della Giudecca à Venise, une prison pour femmes installée dans l’ancien monastère des Convertite, accueillant à son origine d’anciennes prostituées et d’autres femmes considérées comme dangereuses pour la moralité. L’installation permanente ainsi que la vidéo Adoration, célèbrent la vie et la sororité dans un lieu où créer et s’exprimer devient un acte de liberté.
MdF : « Contre le destin », dernier acte, se prolonge au-delà des grilles du centre d’art avec notamment le travail de Maïssane Alibrahimi et d’Agnès Geoffray.
LA : Maïssane Alibrahimi réalise la sculpture en sucre Break the Sweet Sugar à partir de la traditionnelle dot offerte aux jeunes mariées. Un rituel marocain associé à la pureté mais qui en devient une prison ici. Lors du finissage le 25 avril l’artiste fera fondre l’ensemble afin d’en dissoudre les symboles, provoquant son effondrement.
L’exposition se termine par le portrait photographique « Jeanne », réalisé par Agnès Geoffray, une sorte d’alter ego de Modesta, à partir de ses recherches sur ces jeunes filles désignées comme « déviantes » et placées dans des institutions publiques carcérales pour mineures, à qui elle redonne corps et visages.
Infos pratiques
Feux de joie
Jusqu’au 25 avril 2026
Centre culturel Jean Cocteau
35 place Charles-de-Gaulle, Les Lilas




























