Clara Imbert - Quand POUSH rencontre le 19M
L’artiste Clara Imbert poursuit l’aventure de POUSH sur le nouveau site d’Aubervilliers qui réunit 270 ateliers en deux bâtiments. Diplômée de la Central Saint Martins, Londres, elle se saisit du métal dans une quête de l’imperfection autour d’un imaginaire lié à la science-fiction et l’astronomie, aux symboles universels, à la géométrie sacrée. Des artefacts qui dégagent une poésie particulière, une autre réalité aux confins de l’invisible. A l’invitation du 19M, situé proche de POUSH, elle a engagé une rencontre avec l’univers du fondeur japonais Suzuki Morihisa et des expérimentations inédites à partir d’un alliage entre la fonte dont il est le dépositaire depuis plusieurs génération et l’acier. L’exposition Beyond our Horizons de Tokyo à Paris retrace ces dialogues subtils entre un artisan et un artiste contemporain, autour de la thématique des 5 éléments, en l’occurrence le feu. Dans cet entretien, Clara revient sur ce que lui a permis cette collaboration, ce que lui inspire le Japon et les singularités de ce volet de l’exposition à Paris après Tokyo.
Vous participez à l’exposition « Beyond Our Horizons » : quelle est la genèse du projet ?
Travailler avec le 19M est une très belle expérience. Le projet est né de la volonté du 19M de mettre en dialogue des artistes contemporains et des artisans. Ils sont venus visiter mon atelier à Poush et m’ont proposé de collaborer avec l’artisan japonais Suzuki Morihisa. Nous travaillons tous les deux le métal, mais avec des approches très différentes. Cette tension entre tradition et expérimentation est devenue un point central du projet.
Que vous inspire le Japon ?
Le Japon m’inspire beaucoup, notamment dans son rapport au rituel, au temps, mais aussi au monde spirituel.
Il y a quelque chose de très troublant dans cette coexistence entre des villes extrêmement rapides, presque vertigineuses, et des espaces où le temps semble soudain suspendu. On peut traverser une rue saturée de lumière et de bruit, puis entrer dans un temple où tout devient silencieux, presque immobile. Je suis aussi très touchée par la place des mythes et des croyances, notamment dans la tradition shinto, où les éléments naturels peuvent être habités par des présences. Une pierre, un arbre ou un objet peuvent porter une forme d’âme ou de mémoire.
Cette idée que la matière n’est jamais totalement inerte, qu’elle peut être traversée par quelque chose d’invisible, résonne beaucoup avec mon travail. J’aime penser que certains objets gardent des traces, des histoires ou quelque chose qui continue à circuler à travers eux.
Comment entrez-vous en résonance avec l’univers de Suzuki Morihisa ?
Son travail est ancré dans une tradition transmise depuis plusieurs générations, avec une très grande précision du geste. De mon côté, mon rapport à la matière est plus intuitif et expérimental.
Et pourtant, il y a eu une compréhension très rapide entre nous. Peut-être parce que nous partageons le même respect pour la matière et pour le temps qu’elle demande.
Il m’a envoyé certaines de ses pièces depuis le Japon, et à partir d’elles j’ai construit de nouvelles formes, comme si elles continuaient une autre histoire. La collaboration s’est faite presque comme une correspondance, avec des dessins, des échanges.
La matière est devenue un langage commun, un espace où nos deux pratiques pouvaient se rencontrer.
Le métal est votre mode d’expression : qu’est-ce qui explique ce choix ?Ce qui m’intéresse avec le métal, c’est sa capacité à prendre des formes très différentes, mais aussi la diversité de ses alliages. Il peut être très dur et résistant, ou au contraire plus malléable, changer de couleur, évoluer dans le temps.
C’est aussi un matériau chargé d’histoire. Les premiers objets en fer remontent à l’Égypte antique, notamment des bijoux et des dagues fabriqués à partir de météorites. Le métal était alors considéré comme un matériau divin, car il venait du ciel. J’aime l’idée que cette matière existe à la fois dans les profondeurs de la Terre et dans des fragments venus de l’espace.
Quelles rencontres ont-elles été décisives dans votre parcours ?
Je ne pense pas qu’il y ait une seule rencontre décisive, mais plutôt une succession de présences qui ont déplacé mon regard à différents moments de ma vie. Certaines personnes m’ont soutenue, d’autres m’ont confrontée à mes limites, et d’autres encore ont ouvert des portes vers des façons différentes de percevoir le monde.
Je crois que certaines rencontres continuent d’exister en nous longtemps après avoir eu lieu. Elles modifient silencieusement notre manière de regarder, de ressentir et de créer.
Si l’on remonte à votre décision de devenir artiste : un déclic ? une évidence ? un cheminement ?
Ce n’était pas vraiment une décision soudaine, mais plutôt un cheminement. Depuis l’enfance, j’ai toujours créé, collectionné des petits objets trouvés, des morceaux de machines, des os, des plantes séchées. Je dessinais beaucoup sans vraiment me poser de questions.
Avec le temps, c’est devenu une nécessité plus qu’un choix.
Il n’y a pas eu de moment précis où j’ai décidé de devenir artiste, mais plutôt une continuité. À un moment, j’ai simplement compris que c’était ma manière d’être au monde.
INFOS:
« Beyond our Horizons, de Tokyo à Paris »
Galerie du 19M jusqu’au 10 mai
Nuit Blanche à POUSH ! le 6 juin
Exposition Demeure
Cimetière parisien de Pantin
à partir du 15 mai


























