L’ARGUMENT DU RÊVE - FONDATION PERNOD RICARD
La plasticienne Chloé Quenum qui a représenté le Bénin lors de la dernière Biennale de Venise et la vidéaste Amie Barouh sont réunies à la Fondation Pernod Ricard par la commissaire Elodie Royer sous le régime du rêve en tant que lien avec l’invisible et espace de résistance, comme le revendique le philosophe Mohamed Amer Meziane dans l’ouvrage Au bord des mondes. Vers une anthropologie métaphysique.
Marie de la Fresnaye : Quelle est l’origine de l’exposition ?
Elodie Royer : L’origine remonte à de premiers échanges avec Chloé Quenum en 2023, qui avait commencé une recherche autour de la matérialité du rêve et du sommeil – « comment dort-on ? qui a le droit au sommeil dans une société où la productivité est avant tout mise en avant ? ». Attentive à l’architecture et aux objets qui entourent le sommeil, Chloé s’est alors intéressée plus spécifiquement à l’appuie-tête, que l’on retrouve dans différentes cultures et géographies, présenté sous différentes formes dans l’exposition.
Si le rêve a souvent été abordé d’un point de vue intime ou en lien avec la psychanalyse dans le monde occidental, il me semblait intéressant de questionner aujourd’hui comment le rêve est considéré dans d’autres régions du monde.
L’artiste franco-japonaise Amie Barouh a conçu une installation vidéo qui entremêle une archive vidéo sur la communauté rom, avec laquelle elle travaille depuis de nombreuses années, à ses propres images, montées ensemble à la manière d’un rêve à la fois intime et collectif.
J’ai souhaité mettre en dialogue ces deux artistes avec un chapitre du livre Au bord des mondes du philosophe Mohamed Amer Meziane, pour leur manière de considérer l’espace du rêve comme un espace qui nous oblige à regarder la réalité autrement, et plus précisément les formes de rationalité héritées de la modernité occidentale. Comme le formule Mohamed Amer Meziane, le rêve, au sens de « barzakh » en arabe, est un espace frontière, une expérience à même de faire tomber certaines séparations entre le réel et l’imaginaire, dans un geste décolonial.
MdF : Comment ce dialogue entre les protagonistes se traduit-il dans l’espace de l’exposition ?
ER : L’ensemble du parcours traduit un état de veille et de conscience à partir de nouvelles œuvres conçues à cette occasion. L’installation de Chloé Quenum, intitulée Tu respires à ma place sans le savoir, est constamment en mouvement, fluctuant entre des images fixes et animées projetées sur les murs et les appuie-têtes qui s’éclairent au contact du public comme une sorte de partition lumineuse où les lumières et les sons de respirations viendraient rythmer l’espace. Une peinture en trompe-l’œil représentant la vue des fenêtres de l’espace de la Fondation sur la gare Saint-Lazare crée aussi une impression de déjà-vu, et amorce une sorte de processus fictionnel lié à ce rêve proposé par l’artiste. Les images en mouvement sont toutes réalisées à partir de photographies animées par l’intelligence artificielle qui vient aussi brouiller les frontières.
L’installation vidéo d’Amie Barouh se présente sur plusieurs écrans et miroirs dans une mise en espace fragmentée offrant une multiplicité de points de vue et crée un nouvel espace à investir, comme un rêve éveillé dans lequel le regardeur est projeté malgré lui, faisant alors aussi parti de ce récit.
Convoquer cet espace liminal, ce surgissement, c’est s’ouvrir à d’autres gestes, d’autres liens, d’autres présences. Toute forme de certitude est mise en suspens.
Infos pratiques
L’argument du rêve
Jusqu’au 18 avril 2026
Fondation d’entreprise Pernod Ricard
1 Cour Paul Ricard, Paris 8e
























