ART PARIS, TOUJOURS PLUS HAUT, TOUJOURS PLUS FORT
Art Paris 2026. Rencontres avec son commissaire général Guillaume Piens et les commissaires Marc Donnadieu de Promesses et Loïc Le Gall de Babel – Art et langage en France.
Gilles Kraemer : Commissaire général depuis 2012, vous avez placé ce 28e Art Paris sous le signe du langage et de la réparation.
Guillaume Piens : Art et langage, thématique pertinente de Loïc Le Gall, directeur de Passerelle Centre d’art contemporain à Brest, explore la scène française sous le prisme de Marcel Jean (Boquet), Tania Mouraud (Claire Gastaud), Camille Tsvétoukhine (Loevenbruck) ou Fabrice Hyber (Obadia).
La réparation, titre très personnel d’Alexia Fabre, directrice du Centre Pompidou Francilien à Massy, pour celle de la blessure du corps, de l’âme, de l’oublié de l’histoire, qu’il faut soigner, a inspiré le choix de 20 artistes internationaux. Otobong Nkanga (In Situ / Lumen Travo), le céramiste Javier Carro Temboury (Manon Sailly), Enrique Ramirez dans le traumatisme du Chili de Pinochet (Michel Rein), les sculptures d’Alison Saar (Lelong) ou Mary Sibande (Everard Read).
GK : Les plus d’Art Paris ?
GP : Dans un monde saturé de foires, nos choix sont très précis dans la découverte et la redécouverte. Ancrage régional et regard vers l’international, presque un acte militant de valoriser la scène française que ce soit l’écosystème des galeries ou les artistes via le Prix BNP Paribas Banque privée – Un regard sur la scène française.
Deux foires majeures se tiennent à Paris à 6 mois d’intervalle, il faut que nous soyons complémentaires et non supplémentaires. Il s’agit d’un salon qui a une âme.
GK : Marc Donnadieu, vous êtes le commissaire du secteur Promesses dédié à la création émergente.
Marc Donnadieu : Ce secteur comprend 27 galeries de moins de 10 ans et 31 femmes sur 56 artistes. Dix galeries sont nouvelles dont l’australienne Cassandra Bird avec les sculptures textiles de Juanita McLauchan ou la luxembourgeoise Reuter Bausch défendant les figurations évanescentes de Pit Riewer. Ce renouvellement est important au regard de la recomposition du paysage artistique actuel, dans un parcours trouvant son équilibre entre les différentes galeries et la survenance inattendue du thème de la réparation apparu philosophiquement et spirituellement sur plusieurs stands.
GK : Huit artistes exposés participent aussi au secteur Solo Show valorisant 24 expositions monographiques.
MD : Ian Salamente (Salon H) aux peintures faussement réalistes mais énigmatiques qui questionnent, Yasmine Hadni (AA Gallery) entre espace collectif et intimité de la vie quotidienne, ou les sculptures de Mahalakshmi Kannappan tout en puissance, travail interrogatif (Cuturi Gallery).
GK : Focus formidable sur la céramique.
MD : De la scène du Sud-Est asiatique, Yoshimi Futamura (Anne-Laure Buffard), Nguyen Duy Manh (Galerie Bao) et l’étrangeté des céramiques anciennes de son pays qu’il scarifie et répare. Chez C+N CANEPANERI, Holly Stevenson humour, burlesque, revisitation des contes de fées. Philippine d’Otreppe (EDJI) rend hommage aux brasseries parisiennes dans le ludique d’un dîner pantagruélique. Rémy Pommeret (La Peau de l’ours) réinterprète les animaux dans une approche anthropocène.
GK : Quelles sont les autres approches ?
MD : Chez Écho 119, les langages photographiques différents et complémentaires d’Aurore de La Morinerie, Manon Lanjouère, Laure Winants jouent du regard sur l’étrangeté et les couleurs de l’eau. Lumière et transparence des plastiques de Marion Flament face aux photographies associées à des verres peints de Marguerite Bornhauser (Porte B).
Figuration avec le fantastique de Dayane Obadia (Valérie Delaunay), Eugénie Didier et Léa Toutain (Camille Pouyfaucon), les corps en contorsion de Lara Bloy (Pauline Renard).
GK : Loïc Le Gall, pouvez-vous expliquer ce titre « Babel – Art et langage en France » ?
Loïc Le Gall : Babel, c’est l’absolu humain détruit par un dieu qui vient mélanger les langues. Cette thématique est celle de l’art révélant sa multiplicité et non son chaos. Qu’est-ce qui fait art ? question essentielle. Regard sur le langage porteur de stigmates et des mémoires, l’art est sociétal dans cette interrogation plus globale de la construction du monde.
GK : Votre choix s’est porté sur 22 artistes dont 5 disparus.
LLG : Ben Vautier chantre du langage performatif (Catherine Issert), Jean Le Gac et la photographie liée au narratif du récit (Françoise Livinec), Marcel Jean dans des zones de passage entre visible et dicible (Boquet), Isidore Isou fondateur du lettrisme (Patrice Trigano) et Jean Dubuffet le langage devenu jeu de structures ouvertes (Jeanne Bucher Jaeger).
GK : Parmi les 17 autres artistes, pouvez-vous nous préciser quelques noms ?
LLG : Juliette Agnel photographie des mains dans les cavernes, premières traces humaines (Clémentine de la Ferronière), Sara Ouhaddou dans la démarche liée à la tradition, le jeu avec l’oralité (Polaris) ou Fabienne Verdier (Lelong) à l’œuvre profonde et totalement atypique dans l’art contemporain. Les 17 artistes de ce secteur sont nommés au Prix BNP Paribas Banque Privé – Un regard sur la scène française.
Le Prix Her Art récompense une femme artiste et le Prix Le French design 100 distingue 100 projets d’architecture intérieure et de design, en liaison avec les 18 exposants du secteur French Design Art Edition.
Propos recueillis par Gilles Kraemer
Infos pratiques
Art Paris 2026
Du 9 au 12 avril 2026
Grand Palais, Paris





























