Juliette Barthe – L’empreinte

Par Agathe Fumey13 décembre 2025In Articles, 2025

 

 

Découverte à la Galerie du Crous lors d’un duo show partagé avec Léonard Berthou, intitulé LEND ME YOUR EYES, I’ll give them back later, Juliette Barthe impose avec délicatesse la contemplation, la capture d’un regard attentif que le flux d’images numériques met à mal.

 

 

Son travail se construit autour d’une question simple : comment maintenir une attention plus longue face à une œuvre, à l’heure du scroll et de la consommation d’images sur un écran. Juliette Barthe interroge, principalement par la peinture, les limites matérielles et perceptives de l’image. Ses œuvres, jouant sur les effets optiques entre émergence et disparition, perturbent volontairement la stabilité visuelle.

L’artiste a une pratique hybride entre peinture conventionnelle et procédés d’impression, qui lui permet d’explorer l’ambiguïté entre l’idée de production (qui est l’empreinte directe) et celle de reproduction (qui est l’empreinte indirecte). Les toiles qu’elle réalise sont pensées comme des surfaces réfractives. Presque des monochromes, elles évoquent tour à tour le miroir ou l’écran. La lumière, artificielle ou naturelle, rasante ou frontale, transforme constamment l’œuvre. Par endroits, le motif atteint un seuil de visibilité si bas, en fonction de la position du spectateur.ice et de la source lumineuse, qu’il frôle l’inframince. Juliette Barthe évoque l’écran, l’image en mouvement, et résiste au regard en jouant avec les limites même de la perception. Présentes et absentes à la fois, ses empreintes se dévoilent selon le contexte et leur propre logique d’apparition, revendiquant une dimension performative qui implique activement l’observateur.ice dans l’acte de contemplation. Sa pratique s’ancre dans un monde hyper-digitalisé, marqué par des régimes d’attention instables, fragmentés et en constante mutation.

Cette jeune artiste, en cinquième année aux Beaux-Arts de Paris, révèle avec finesse autant de facettes de l’empreinte qu’il n’y a d’yeux pour l’admirer. La série des Cinq mains (2024) est emblématique de cette recherche. Une même main est scannée, imprimée et répétée jusqu’à frôler son effacement. À mesure que l’image est reproduite, elle se dérègle et s’altère. À rebours de l’ouvrage L’Œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique de Walter Benjamin sur la perte de l’aura d’une œuvre par les procédés d’impression, Juliette trouve dans ce processus la matérialisation d’un moment précis qu’il est impossible de répéter à l’identique.

Aujourd’hui, avec Wonder, son premier solo show parisien, organisé par Darmo, elle pousse encore plus loin sa pratique avec un accrochage entièrement horizontal, minimal et précis qui engage le.la spectateur.ice dans une déambulation dynamique. Le regard glisse le long des tableaux en travelling et chaque changement de lumière recompose l’ensemble. Il est impossible de révéler l’œuvre par une photographie ou une vidéo sans perdre l’essentiel, son travail nécessite un mouvement, un effort pour saisir le momentané et l’instabilité. Wonder redonne à la peinture toute sa charge physique et sensible qui nécessite une attention particulière.
Le parcours de Juliette Barthe témoigne de la maturité de son travail. Lauréate du Prix de la Galerie du Crous en 2022, elle a présenté son travail à la Fondation Pernod Ricard, à la Modern Animals Gallery de Zurich, à la Galerie Strouk ou encore à la Kunsthalle Niendorf à Hambourg. L’artiste a enrichi son parcours par un échange dans l’atelier de Jutta Koether à la HFBK de Hambourg en 2024, avant de poursuivre ses recherches dans l’atelier de Julien Sirjacq, aux Beaux-Arts de Paris.

 

 

Infos pratiques

Wonder 
Darmo Art, jusqu’au 19 décembre 2025

16 Boulevard des Invalides

75007 Paris

 

 


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