FOCUS SUR KATARZYNA WIESIOLEK

Par Romane Philip16 mars 2026In Articles, 2026, Revue #36

 

 

À l’occasion de Drawing Now, la galerie Eric Dupont met en lumière Katarzyna Wiesiołek, sélectionnée parmi les cinq artistes nommées pour le Prix Drawing Now 2026. Une reconnaissance qui vient souligner la force singulière d’une œuvre qui, sous une apparente simplicité, nous saisit.

 

L’œuvre est ce qu’il y a de plus simple, au sens le plus noble du terme. Ici, pas d’artifice, de symbole ni de discours théorique complexe ; simplement des images qui ont le pouvoir de vous saisir tant physiquement que sensiblement.

Nous plongeons d’abord dans le silence créé devant ces dessins. Coucher de soleil incandescent, tornade à l’horizon, pluie battante, reflet nocturne sur une mer immobile, qu’elles soient traversées de couleurs vibrantes ou plongées dans un noir et blanc profond, ses œuvres représentent des paysages que nous croyons connaître. Chacun choisira l’étape d’après : paisibilité, brutalité, nostalgie, mais une chose est certaine, le phénomène est en train de devenir émotion. Le dessin n’est plus simplement la représentation d’une scène mais bien la cristallisation de plusieurs forces physiques en un instant. Nous sommes à la fois face à eux, posés sur un papier et en train de les vivre en notre for intérieur.

C’est bien cela que Katarzyna réussit à faire : toucher à l’universel. Cet instant est ici, notre connexion entre la physique des éléments, la beauté de l’art dans son expression la plus simple et notre réaction via la physiologie du corps humain.
Nous assistons à la création de nos émotions.
Ici et maintenant, Katarzyna Wiesiołek peint le regard humain face à la nature. Elle restitue cette fraction de seconde où la lumière frappe la rétine, se transforme en perception, puis en émotion. Peur devant la violence d’un ciel chargé, nostalgie d’un crépuscule, apaisement face à une ligne d’horizon : chaque image agit comme un révélateur intérieur.

Ses œuvres font basculer la physique dans le sensible.
La diffraction de la lumière dans l’atmosphère, la densité de l’air avant l’orage, la réflexion d’un rayon solaire sur la surface mouvante de l’eau produisent ce léger trouble qui soit nous soulage, soit nous tend. Être face à nous-mêmes : voici ce que l’artiste réussit à faire en nous saisissant face à ces instants suspendus. La tornade n’est plus seulement une masse d’air en rotation, elle devient vertige. Le coucher de soleil n’est plus un jeu de longueurs d’onde, il devient mémoire et nostalgie.

Cette dimension scientifique, rarement évoquée à propos de son travail, irrigue pourtant toute sa pratique. L’artiste semble tirer un fil discret entre la rigueur de la physique et la poésie des phénomènes naturels. Elle ne dramatise pas, elle observe. Elle isole un moment où la lumière atteint son intensité maximale, où la couleur sature l’espace, où l’atmosphère bascule. Ce qui nous fascine dans ses œuvres, c’est leur justesse.

Dans un monde saturé d’images, son travail rappelle que le beau n’est ni anecdotique ni superficiel. Il est une expérience profonde, née d’un phénomène tangible et pourtant insaisissable. Chez Katarzyna Wiesiołek, la nature n’est pas un motif, c’est un laboratoire sensible où la science rencontre l’âme.

 

Infos pratiques

Drawing Now Paris
Du 27 au 30 mars 2026
Carreau du Temple
4, rue Eugène Spuller, Paris 3e

 

 

 

 

 

 


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