CHLOE VANDERSTRAETEN - PLI, PAPIER, DESSIN
CHLOE VANDERSTRAETEN – PLI, PAPIER, DESSIN
Le corpus d’images de Chloé Vanderstraeten regorge de géométries. Les angles aigus acérés et les droites effilées ne sont pas uniquement le synonyme d’une rigueur de composition. L’artiste découpe et plie ses papiers pour parvenir à un but nettement plus organique : celui de rétablir la relation écologique.
Rappelons ici que Chloé Vanderstraeten, lauréate du Prix Drawing Now 2025, est diplômée de l’École des Beaux-Arts de Paris ainsi que de l’École des Arts Décoratifs où elle entreprit un mémoire de recherche sur les visions d’artistes au travers du dessin technique. Cette connaissance approfondie du dessin – réaliste, naturaliste, morphologique, industriel, d’architecture – rencontre évidemment son support, le papier – vélin, japonais, de coton, synthétique, ou encore en feuilles de métal. À ces listes non exhaustives l’artiste associe encore l’assemblage, la découpe et le pliage. Ce dernier est à l’origine de cette « montée » du dessin dans la troisième dimension, toutes les potentialités de formes et de plis étant contenues dans le médium papier, simple rectangle mais bientôt courbe, rabat, ou languette. Le dessin devient ainsi livre, installation ou sculpture.
Il y a d’ailleurs un paradoxe dans ces objets de papier dont on se figure mal l’utilisation, si fragiles d’aspect et pourtant d’une solidité inattendue. La tactilité suggérée pour cette surface cutanée et sensible, dont on aimerait tester du doigt la souplesse de la courbe, s’inscrit dans un rapport technique au corps qui débute avec celui de l’artiste au travail. Sur table, au sol, recroquevillé ou en extension, le corps travaille à son prochain motif, lui-même. Le papier se mue alors en Cellules (2025), Cordes vocales (2022), systèmes nerveux, Colonne (2025) ou encore en Poumons (2024). Bien que ces œuvres aient en commun d’être cisaillées avec précision, on oublierait à tort que les premières découpes du papier sont aussi malléables que les premiers façonnages dans le pain de terre. L’organique est partout et constitue la trame de la relation qui inaugurait ce texte. À noter toutefois que ni trace imparfaite ni déchirure ne viennent émailler ces dentelles de papier. C’est que le pli est un seuil, tandis que la déchirure est une rupture en dent de scie. Ce n’est pas le même vocabulaire qui est convoqué ici et pour cause.
Un autre paradoxe est en effet celui de retirer le geste expressif au bénéfice de la coupe impersonnelle de l’outil. Impersonnelle, pas tout à fait : Chloé Vanderstraeten voit dans l’outil un socle commun de l’artisanat, répertoire de traits et de formes disponibles à tous. Si ces formes sont produites d’après un gabarit, leurs échelles sont en comparaison très variables, déjouant par-là les certitudes. Était-ce vraiment si haut et si large ? L’artiste fait ici main basse sur le mode opératoire des maquettes d’architectures, ces prototypes utilisés pour visualiser un imaginaire, et ne sépare plus l’œuvre finie de son essai préparatoire, d’ordinaire miniaturisé. L’œuvre en tant qu’objet reconnaissable aux échelles tronquées entraîne nécessairement la redéfinition du mode d’appréhension.
Cette qualité de savoir se situer et se penser dans un espace est un dialogue – une relation pour ainsi dire – entre notre corps, un objet et son espace. C’est à partir de nos sens, rompus à l’exercice, que l’artiste envisage sa prochaine exposition au Drawing Lab, en compagnie de Jeanne Turpault, commissaire et critique d’art. L’artiste poursuit ses découpes orthonormées pour repenser nos usages des objets techniques et esquisser une préhistoire de l’écologie ; autrement dit revenir aux fondements imaginés de notre mode de relation à notre environnement. Car ce que nous perdons de familiarité avec certains usages découle pour partie d’une coupure nette par certaines techniques invasives. Couper des autres, couper de nous-même par-dessus tout. L’artiste veut revenir à la source de l’écologie, à la relation réciproque. De la technique artisanale et universelle des outils, elle tire un nouvel ensemble de dessins sculpturaux, toujours en papier et en métal, qui n’oublient pas leurs origines organiques mais qui se déploient davantage dans le registre des objets, nos familiers. Cette nouvelle approche sensorielle participe à un réenchantement du quotidien, au doux bruissement du papier, activé par des performeurs à différentes occasions.
Hypersoma
Exposition personnelle de Chloé Vanderstraeten
Lauréate du Prix Drawing Now 2025
De janvier à avril 2027
Drawing Lab, 17 rue de Richelieu, Paris 1er
























