PARIS PHOTO 2026

Par Marie de La Fresnaye29 octobre 2026In Articles, 2026

 

Avec 246 exposants,199 galeries et 48 éditeurs venus de 38 pays, la 29ᵉ édition de Paris Photo célèbre en avant-première le Bicentenaire de la photographie à travers plusieurs temps forts, que nous présente la directrice artistique Anna Planas. Au secteur Principal plutôt historique avec 44 solo shows, s’ajoutent Voices et Digital consacrés aux nouveaux territoires de la photographie et Emergence avec une vingtaine de propositions contemporaines sans oublier le parcours Elles x Paris Photo.

Marie de la Fresnaye : Le Bicentenaire de la photographie est l’un des fils rouges de cette édition, comment l’avez-vous imaginé ? 

Anna Planas : Le Bicentenaire de la photographie est un projet institutionnel porté depuis la France et nous avons constaté l’intérêt qu’il suscitait, aussi bien auprès des galeries que du public et des collectionneurs lors de nos voyages et rencontres. C’est dans cet esprit que nous avons construit une programmation spéciale, avec notamment un parcours au sein de la foire et une invitation faite au Centre Pompidou, autour d’une sélection conçue par Damarice Amao, Florian Ebner et Julie Jones à partir d’acquisitions récentes. L’installation monumentale située à l’entrée de la foire qui se déploie sur 36 mètres de long a, quant à elle, été confiée à l’artiste Thomas Ruff. 

Dans le secteur Principal et projets Prismes, nous avons souhaité, dans cette perspective, donner une place plus importante aux galeries historiques, parmi lesquelles Gilles Peyroulet, Barnabé Moinard, Serge Plantureux, Bruno Tartarin, mais aussi Hans P. Kraus, qui présente sur la foire des objets particulièrement singuliers, comme des dessins réalisés à la chambre claire.

Parallèlement, d’autres galeries proposent des approches plus contemporaines de la photographie et de ses enjeux, comme Christophe Gaillard, avec un solo show consacré à Isabelle Le Minh, ou encore Binôme avec une sélection autour de la matérialité du médium.

MdF : Le secteur Voices se penche sur le thème de la disparition : en quoi est-il en résonance avec le Bicentenaire ? 

AP : Pour cette édition, les deux commissaires ont choisi d’explorer la notion de disparition, une thématique qui entre en résonance de manière paradoxale avec la nature même du médium dont la fonction mémorielle et documentaire est profondément questionnée par l’émergence de pratiques hybrides, révélant l’instabilité croissante de son statut à l’ère des manipulations numériques et de l’intelligence artificielle. Le projet construit un dialogue entre différentes temporalités et pratiques, des expérimentations historiques aux recherches les plus contemporaines. La selection fait notamment se côtoyer le solo show consacré à Ulay par Charim, la présentation du travail de Léonard Pongo par Kristof De Clercq, ou encore le duo show réunissant Alessandro Calabrese et Guido Guidi par Viasaterna.

MdF : Le secteur Digital est confié à Marco De Mutiis : quels en sont les enjeux  ?

AP : L’une des premières initiatives que nous avons mises en place avec Florence Bourgeois, lorsque je suis arrivée à Paris Photo il y a trois ans, a été la création du secteur Digital. À l’époque, nous recevions déjà des propositions de galeries présentant des œuvres conçues ou diffusées sous la forme de NFT, mais ces pratiques restaient difficiles à inscrire dans la structure de la foire comme dans les logiques du marché. Il nous semblait donc essentiel de faire appel à un.e spécialiste, à un moment où ces formes étaient encore relativement nouvelles. Depuis, le paysage a considérablement évolué et les pratiques digitales ont progressivement trouvé leur place au sein des collections comme des institutions et auprès du public.

Avec l’arrivée d’un nouveau commissaire, Marco De Mutiis, curateur digital au Fotomuseum Winterthur, institution particulièrement engagée dans la conservation, la présentation et la mise en dialogue des pratiques digitales au sein de ses collections, le secteur ouvre un nouveau chapitre, soulignant les continuités autant que les ruptures qui traversent le champ photographique selon une approche prospective. Dans cette perspective, le secteur réunit notamment les travaux de Chan-wook Park et Hyung-geun Park, présentés par la plateforme byGRIDA, d’Evelyn Bencicova avec ARTEMIS, ainsi que ceux d’Alkan Avcıoğlu avec Heft Gallery. 

MdF : En quoi le taux de renouvellement des galeries encourage-t-il la diversité de la foire ? 

AP : L’arrivée de 80 nouvelles participations marque cette année un véritable renouvellement de la foire, tout en renforçant la diversité des scènes et des provenances représentées. Cette ouverture et prospection à l’international constitue l’un des axes que nous poursuivons avec Florence Bourgeois. Cette édition se distingue ainsi par une présence japonaise particulièrement affirmée, avec neuf galeries, mais aussi par une représentation significative de l’Amérique latine, à travers des galeries venues du Mexique, de Colombie ou encore du Venezuela. Plusieurs projets témoignent de cette volonté de mettre en lumière des pratiques et des récits encore trop peu visibles sur la scène internationale, comme La Cometa autour de Miguel Ángel Rojas, au moment de sa rétrospective au Museo Reina Sofía de Madrid ou, dans un registre différent, de Proyectos Monclova avec la pionnière Kathy Horna. 

MdF : Elles x Paris Photo est confié cette année à Aldeide Delgado, fondatrice de WOPHA, Women Photographers International Archive : que va-t-elle proposer ? 

AP : Il est important de souligner que cette année, la proportion d’artistes femmes présentées atteint 38 %, témoignant d’une évolution significative, Elles x Paris Photo au moment de sa création ne représentait que 20 % des artistes présentées. Au-delà de cette progression statistique, l’enjeu est aussi celui de la visibilité individuelle des artistes à travers la multiplication des solo shows, un choix déterminant pour pouvoir appréhender pleinement une démarche artistique. Dans ce sens, Aldeide Delgado déroule avec An Oceanic Beginning, une histoire alternative du médium autour de trajectoires, de pratiques et de voix longtemps invisibilisées. 

 

Paris Photo

Du 12 au 15 novembre 

Grand Palais, Paris 8e


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