Massinissa Selmani, Prix SAM 2016

Massinissa Selmani (né en 1980 en Algérie) expose au Palais de Tokyo le fil de ses recherches et voyages en Algérie et Nouvelle Calédonie, autour de la figure militante de Louise Michel, réalisés dans le cadre du Prix SAM.

Déportée après la Commune, Louise Michel partage le triste sort des communards français, de Canaques réprimés pour une révolte contre l’occupation française et d’insurgés kabyles également soumis au bagne colonial. Au cours de cet exil, elle fait preuve de solidarité et sympathise avec les algériens, leur promettant de leur rendre visite, promesse qu’elle tiendra juste avant sa mort où, fidèle à sa vocation anarchiste, elle donne une série de conférences affirmant ses positions féministes, anticléricales, antimilitaristes et antireligieuses.

Ainsi ce sont trois insurrections qui se croisent dans ce long travail entrepris par l’artiste, et qu’il traduit avec Yoann Gourmel, le commissaire, à travers 3 grands ensembles dans le bel espace de la Galerie du Capricorne, sorte d’agora en puissance.

S’il pratique essentiellement le dessin, l’artiste, sélectionné à la Biennale de Venise en 2015 et de Lyon la même année, Prix Collector l’année suivante, y adjoint différents filtres et objets opérant par segmentation d’images de presse ou d’archives photographiques. Des mises en scènes expérimentales sur papier, qui nous disent l’occupation de l’espace public par les corps et les messages induits.

La 1ère partie du parcours s’ouvre sur une reconstitution du mur de l’atelier de l’artiste avec ses bloc-notes, carnets de croquis, différentes sources d’inspiration et de lecture. A partir d’une étonnante économie de moyens et d’un attrait pour le minimalisme, il se saisit de cette matière première pour ouvrir le champ des possibles.

Le 2ème chapitre, pensé comme une plateforme, réunit sur une table les 3 types d’insurrection, créant des points d’achoppement et de friction à partir de détails qu’il isole et redimensionne. Ces télescopages, mises en tensions liées à l’acte de révolte en prise avec des instruments de mesure, sont comme une mémoire fluctuante et éphémère des évènements, dans un rapport au dessin plus physique, et qui déborde du cadre.

Autant de signes fictionnels envoyés au spectateur dans ce dédale composite, avec toujours, de grandes réserves blanches, des hors-champs pour maintenir une distance avec le drame qui se joue.

Le dernier volet du parcours, à partir de dessins encadrés, revient sur la figure de l’orateur, et comment les histoires peuvent être manipulées à force d’être relayées par les médias. Cette falsification est soulevée par l’irruption de détails absurdes et humoristiques, qui désarçonnent comme une grenade dégoupillée que l’on tient en main. On y voit comme un flux sans fin d’évènements, sur lesquels il serait vain de vouloir agir, et traduit par ce titre métaphorique : « Ce qui coule n’a pas de fin ».

Avec pudeur et élégance, Massinissa Selmani passe au crible les utopies qui naissent des mouvements de révolte pour mieux mourir. 

Dans des allers et retours entre passé et présent, fragilité et puissance, détachement et tragédie, les figures de la révolte deviennent résolument actuelles que l’on soit en Nouvelle Calédonie, en Algérie ou en France, hier comme aujourd’hui.

 

Par Marie de La Fresnaye


Infos :

Ce qui coule n’a pas de fin

Palais de Tokyo

du 16 février au 13 mai