Marion Verboom, une inquiétante étrangeté

 

Marion Verboom, diplômée des Beaux-Arts de Paris en 2009, est un sculpteur en recherche permanente d’une extensibilité de sa pratique. Ses œuvres ouvrent un large champ d’expérimentation et empruntent au registre de l’histoire de la sculpture, l’architecture et la nature dans une hybridation parfaitement maitrisée. De tout temps « la matière » l’a fascinée et c’est ainsi qu’elle décide de devenir sculpteur avec pour héritage la sculpture minimale et ses compositions géométriques, mais fortement métissée par la sensualité des matériaux utilisés. Son travail prend souvent source dans le dessin, premier champ d’expériences,  qui lui permet d’aborder le volume. Elle en produit régulièrement afin d’en extraire des fragments et les réaliser en trois dimensions. Les pièces sont ensuite réalisées à l’aide de plâtre, béton, terre, cire, métal en fonction du motif à exécuter puis sont délicatement teintées dans la masse permettant ainsi à la lumière de s’y accrocher différemment. Outre sa fascination pour la matière, on décèle chez cette artiste un intérêt pour le rythme, la répétition du motif et l’ornement dans des références aux éléments architecturaux, anthropomorphiques et aux artefacts de la nature (cristaux, sédiments, formations organiques…). Ces formes épurées au premier regard, d’une inquiétante étrangeté, imposent au spectateur un temps d’arrêt et de confrontation à la sculpture dans un corps à corps indispensable à la perception des différents éléments de la matière constituante. Enfin les titres ne sont pas laissés au hasard puisqu’ils évoquent toujours le référent historique ou scientifique et nous donnent ainsi une piste de réflexion. Pour  exemple le titre de son exposition à l’espace de 40mcube de Rennes, « Agger » correspond à la levée de terre dans les fortifications romaines, Mondmilch et Loess sont empruntés à des terminologies en géologie…

Sa dernière résidence dans la Meuse en juillet 2013 dans le cadre du  « Vent des forêts» lui a permis de se confronter à un espace d’art contemporain à ciel ouvert : une forêt de 5000 hectares qui lui a inspirée la pièce « Cartouche », sorte de fenêtre rococo en trompe-l’œil ouverte sur le paysage sylvestre. Pour ce faire, elle a étudié les dessins de cartouches du XVIIIe siècle et les grottes maniéristes italiennes et n’a pas hésité à apprendre une nouvelle technique, celle de la rocaille…

Elle montrera prochainement à Paris, dans l’espace de production « Treize » situé à Belleville, une installation « Rocaille » inspirée des photographies de Karl Blossfeldt.

Cette liberté de transposition alliée à une rigueur dans la composition sont les caractéristiques d’un travail fort prometteur.

 


Infos :

Espace Treize
Pavillon Moret , exposition collective
24, rue Moret, Paris 11ème
du 12 octobre au 2 novembre