ISCP, résidence new-yorkaise. Cluster d’artistes aux horizons multiples

Par Alexia Pierre29 avril 2020In Articles, 2020

 

Détour transatlantique.

 

Lieu inédit, à l’angle d’une avenue où cantine chinoise côtoie ateliers de menuiserie, garages et coffee shops aux notes acoustiques, logé dans le bâtiment blanc d’une ancienne usine du Brooklyn des années 1900, réside l’ISCP, l’International Studio and Curatorial Program.

Cette résidence internationale d’artistes, de par sa capacité d’accueil et l’étoffe de son programme, s’élève au rang de quatrième parmi les résidences les plus importantes au monde. Grâce à ses 35 studios et ses partenariats internationaux, plus de 1400 artistes en provenance de plus de 85 pays –y compris les Etats-Unis –y ont un jour posé leurs bagages. New-yorkais, pour un mois comme pour un an, artistes de tous horizons trouvent à l’ISCP un repère, un point d’ancrage temporaire, une communauté en plus d’un lieu où travailler.

 

Collaborant avec de nombreuses institutions, organisations indépendantes et plusieurs gouvernements dans la sponsorisation des résidences, l’organisation à but non lucratif alimente la création transfrontière et soutient les échanges multiculturels sur une scène artistique contemporaine mondiale. D’un partenariat récemment développé avec l’Ukraine, à l’accueil d’une institution indonésienne, en passant par l’appel à candidature –actuellement ouvert –de la Fondation pour l’Art Contemporain Claudine et Jean-Marc Salomon, la diversité des programmes pour rejoindre l’ISCP ne cesse d’augmenter.

 

La résidence se situe à l’est du quartier de Williamsburg, terre de l’émergence artistique soumise aux lois de la gentrification et comptant parmi les premiers refuges hipster de la ville qui ne dort jamais. Quelques pas à peine vous emporteront en direction de Bushwick, autre quartier où de nombreux artistes locaux y ont leurs studios et où plusieurs galeries en ont fait leur berceau. En symbiose avec la tendance brooklynoise, l’International Studio & Curatorial Program, ayant, il y a peu, fêté ses 25 ans, commence pourtant son histoire dans le cœur de Manhattan. Fondée en 1994, par Dennis Elliott, afin d’établir une communauté d’artistes internationaux dans la ville, ce n’est qu’en 2008 que la résidence traverse la East River pour s’établir en son présent emplacement –où les mètres carrés y sont davantage foisonnants.

Deux espaces d’expositions assurent désormais une programmation renouvelée trois fois par an et permettent la présentation du travail d’artistes résidents, alumni et invités autour de rhétoriques engagées. Couvrant des sujets tels que la politique spatiale sous-jacente à la transformation de Little Italy, abordée récemment dans une exposition personnelle de l’artiste Sonia Leimer, ou tels que la place de la bureaucratie dans nos vies et le poids de l’administration dans la création, lors de l’exposition collective « Paperwork : Administrative Practice in Contemporary Art », l’ISCP contribue à l’édification de conversations nous menant vers un art contemporain citoyen.

 

L’une des expositions présentées actuellement prend d’ailleurs pour titre « Transient Museum of a Thousand Conversations ». Fusionnant regard international et contexte local, cette dernière est en partie centrée sur les traditions de transmission orale étudiées dans la société de Kaliurang, en Indonésie. Cette exposition s’inscrit en fait dans le cadre de l’accueil de l’institution-en-résidence, LIR Space, institut artistique à Yogyakarta. En effet, les artistes ne sont pas les uniques résidents à l’ISCP. Plusieurs curateurs et curatrices y occupent également quelques studios. Le second espace d’exposition fut communément baptisé le Project Space et permet justement à certains et certaines d’y exercer leur pratique. C’est le cas de « One (Illegitimate) Child », la deuxième exposition à découvrir en ce moment –virtuellement. Dans celle-ci, la curatrice résidente Jianru Wu, s’intéresse aux conséquences liées à la fin de la politique de l’enfant unique en Chine, à l’ère du post-socialisme et du capitalisme de la surveillance.

 

A travers les années, l’ISCP s’est véritablement démarquée dans son soutien aux artistes, curateurs et curatrices s’inscrivant dans une démarche de recherche, qu’elle soit scientifique ou sociale, autant que dans son positionnement sur les problématiques artistiques et sociétales contemporaines.  Conférences, screenings et tables rondes, activant nombreux dialogues sur le rôle de l’occultisme dans l’art, la représentation de la violence de masse ou encore la responsabilité curatoriale, y sont ainsi régulièrement organisés. De la même façon, les Open Studios, journées portes ouvertes semestrielles tant attendues, garantissent une mise en relation permanente entre communautés locales et corps artistique international.

La richesse d’un tel lieu réside en cet engagement glocal devenu sa mission ; cluster artistique des nations.

 

L’hiver dernier, le symposium anniversaire, célébrant la 25ème bougie de l’International Studio & Curatorial Program, en catalysa l’ancrage dans un contexte international de réflexion sur le rôle et l’avenir du soutien à la création artistique dans le monde. Cultural Exchange and the Life of the Metropolis réunit, au gré des panels et des tables rondes, plusieurs artistes alumni, ainsi que de nombreux intervenants de renom, professionnels de différents secteurs et spécialistes de différentes scènes artistiques. C’est ainsi que le célèbre critique d’art du New York Times, Holland Cotter, inaugura cet évènement au SUNY Global Center sur Park Avenue. Quel mode de financement pour les résidences d’artistes de par le monde ? Comment évaluer l’action de telles institutions ? Comment encourager les échanges culturels à travers les frontières tout en limitant l’empreinte carbonique du transport aérien ? Aux réflexions sur la diplomatie culturelle et le smart power se succèdent des échanges sur la représentation des nouvelles identités et la place de l’éthique dans l’esthétique. Dans ce dernier panel, What Matters Today, intervient notamment Aruna D’Souza, l’auteure acclamée du livre Whitewalling: Art, Race, and Protest in 3 Acts, questionnant la vision que musées et institutions  ont porté sur le monde.

 

En somme, comment une résidence internationale d’artistes parvient-elle à jouer de sa position de pont culturel au-delà des frontières, de son rôle de laboratoire d’expérimentation artistique comme d’expérience humaine, et comment influe-t-elle sur le développement de l’art contemporain de demain ? ISCP en renouvelle incontestablement l’investigation.


Infos :

ISCP, International Studio and Curatorial Program

1040 Metropolitan Avenue, Brooklyn, NY 11211, Etats-Unis

https://iscp-nyc.org/about

Temporairement fermé en raison de la pandémie du Covid-19.

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