Après cinq ans d’existence ayant vu se succéder des expositions joyeuses et festives dans le garage leur servant d’atelier, Jade Fourès-Varnier & Vincent de Hoÿm ont décidé de clôturer l’aventure de l’espace Tonus, artist run-space situé dans le 15eme arrondissement de Paris, quartier mal-aimé du monde de l’art contemporain.

Les expositions dans cet espace nous ont permis de découvrir Louise Sartor, Julien Laugier & Guillaume Maraud, Steinar Haga Kristensen mais aussi Heike-Karin Foell. On y a, entre autres, également vu Camilla Wills, Luca Francesconi et Natsuko Uchino.

Chaque vernissage était accompagné du partage de quelques bières et de pizzas suite à la quête effectuée par Vincent auprès de l’assistance. La soirée avançant, la sono était branchée, le volume monté et on dansait, tranquille, sur de l’électro et du hip hop tant qu’il y avait du monde dans l’espace, jusqu’au petit matin parfois.

Tonus se termine aujourd’hui, comme il a commencé, par une invitation à leur ami Matthieu Palud qui y a présenté ses peintures récentes, pour sa deuxième exposition dans le lieu.

Tranchant avec les dysmorphies druggy des œuvres montrées à l’occasion de sa première exposition, l’artiste y a proposé des peintures réalistes de petit format, représentant des scènes domestiques de facture très classique au cadre resserré. Le travail est appliqué avec une technique perceptible sur de nombreux tableaux.

L’efficacité visuelle est réelle avec des portraits dans le goût d’une peinture flamande transposée en 2019.

Là où Matthieu Palud semble avoir utilisé le temps qui le sépare de sa première exposition pour travailler technique et efficacité visuelle, on peut penser qu’il y a perdu en originalité: vues de fenêtres, objets posés sur du mobilier. On pense évidemment à Dike Blair et on peut d’ailleurs, quitte à être un peu chagrin, regretter encore le manque d’un zest d’ambiguïté dans cette peinture.

Mais si l’exposition reste une réussite, c’est surtout que les tableaux sont incarnés. Ils transpirent le lieu qui les accueille, ses acteurs et l’ambiance caractéristique des vernissages de Tonus. L’artiste lui-même est partie prenante de cette histoire de copains du Sud venus à Paris : pas vraiment de calcul, faire quelque chose, exposer ses copains, mettre une jolie chemise, se maquiller, boire quelques bières, dire bonjour à la jolie Jeanne, parler de Lady Di quand elle était jeune, rêver depuis sa fenêtre, regarder les arbres et être ramené à la réalité par la sonnerie du réveil.

Quant aux tableaux, leur force tient grandement à la reprise de l’environnement intime et direct de l’artiste à Perpignan (seule Lady Di semble réalisée d’après photo), donnant ainsi un supplément d’âme à l’exercice minutieux auquel l’artiste a voulu sciemment se confronter pour cette séquence d’un travail à fleur de peau. Car il s’agit bien de tableaux aussi réussis qu’une chanson pop vers laquelle on est ramené sans se poser la question d’où elle vient, comment elle vient dès lors qu’on la réécoute année après année en oubliant de se poser la question s’il s’agit ou non d’une grande chanson, si elle a été déjà jouée ou non, ce qu’elle apporte ou dit sur le monde.

Un clap de fin idéal pour Tonus- le meilleur est à venir pour Matthieu Palud.

 

Romain Leclere


Infos pratiques

Tonus

4 rue de la Procession, Paris 15è