Totems et cosmos au féminin au Château de Rochechouart

 

 

Site patrimonial remarquable situé sur un promontoire rocheux en Haute-Vienne, le Musée de Rochechouart, riche d’une collection en perpétuel devenir, est avant tout un lieu de création contemporaine, dimension qui anime particulièrement Sébastien Faucon, directeur depuis 2017.

 

L’exposition L’œil du serpent, en écho aux thématiques majeures du lieu : le rapport au paysage et les enjeux écologiques, lui donne l’occasion d’exposer de nouvelles acquisitions et productions. Les sept artistes femmes convoquées, certaines pour la première fois en France, de générations différentes, explorent rites et croyances ayant trait à l’animisme, aux savoir-faire ancestraux et aux mythologies des origines, comme le souligne le titre qui renvoie à un recueil de contes folkloriques japonais. Le parcours organisé en quatre séquences, alterne poésie et pensée politique sous-jacente dans des intensités variables liées à chacun des éléments.

Le premier temps engage un dialogue entre les pratiques de deux figures historiques : filmique avec la cinéaste et féministe Barbara Hammer et graphique avec la poétesse Sophie Podolski. Après cette entrée en matière méditative, l’artiste Carolina Caycedo, placée volontairement au cœur du dispositif avec une grande œuvre suspendue construite en filets de pêche récupérés, évoque au-delà d’un effet plastique très séduisant, les désordres climatiques, l’accès à l’eau ou la raréfaction des espèces. Elle entremêle ces questionnements de légendes oralisées sud-américaines qu’elle recueille au fil de ses rencontres.

Dans la 3ème séquence, après les métamorphoses mi humaines mi animales de Kiki Smith, œuvres de la collection, l’artiste Simone Fattal, que Sébastien Faucon avait exposée à son arrivée à Rochechouart, tente de capter l’impalpable, la course mouvante des nuages, dans des céramiques exécutées récemment. En regard interagit un tondo aquarellé bleuté de Chioma Ebinama, artiste influencée par la mythologie nigériane igbo.

Le parcours se termine dans la Salle des Chasses, en apothéose, avec l’œuvre participative et installation in situ de Kate Newby, produite spécialement pour l’occasion. A partir d’une collecte de tessons de verre par des habitants des environs, l’artiste a conçu 3700 éléments en céramique qui sont disposés à même le sol comme un tapis, offrant une vision plus apaisée de la nature que les fresques historiques évoquant une forêt domestiquée au service des intérêts de l’homme. Entre rêverie et dérive magique, ce paysage nous invite à célébrer le vivant dans toute sa perplexité et sa mutabilité.

 

 


L’œil du serpent

jusqu’au 15 décembre 2021

Musée d’art contemporain de la Haute-Vienne – Château de Rochechouart

Place du Château, Rochechouart