Témoigner la guerre et réagir face à sa représentation

 

L’exposition collective A fendre le coeur le plus dur/Témoigner la guerre, est un projet artistique transversal à l’initiative de l’historien Pierre Schill. Ce dernier, découvrant une archive inédite sur le conflit colonial entre le Royaume d’Italie et l’Empire ottoman en 1911 à Tripoli (l’actuelle Libye), décide d’associer écrivains, chorégraphes et artistes plasticiens à une réflexion croisée sur l’impact de l’archive, l’histoire et ses béances et la puissance narrative de ces images.

Le reporter français Gaston Chérau, alors envoyé sur place par le quotidien Le Matin confie à son épouse « j’ai encore vu des choses à fendre le coeur le plus dur », faisant preuve d’empathie et d’effroi face au spectacle de la violence. Cent ans après quelle est la place du spectateur dans un présent si marqué par les traumatismes ? Comment transmettre la douleur d’autrui, pour reprendre la problématique soulevée par Susan Sontag ? Jusqu’où montrer l’indicible ? Autant de questions réactivées par ces images tragiques de scènes de pendaison et autres exactions placées au centre de l’exposition, tel un sismogramme du temps de l’histoire, pour reprendre les propos d’Aby Warburg.

Tout autour sont présentés les écueils soulevés par les artistes, Kader Attia en tête, avec ses prothèses au possible pouvoir de réparation des blessures ; Adam Broomberg & Olivier Chanarin, autour de la survivance de l’image (exécution de 11 prisonniers kurdes en août 1979) ; Agnès Geoffray et ses insoutenables gisants ; Lamia Joreige : ruines de la guerre du Liban et mémoire oblitérée ; Rosella Biscotti : charniers de massacre de résistants éthiopiens par les troupes coloniales italiennes en 1939 ; ou Emmanuel Eggermont : chorégraphie du cheminement intérieur de Gaston Chérau.

L’une des oeuvres les plus fortes est celle d’Estefania Penafiel Loriza « d’un regard l’autre » autour d’images extraites du film La Bataille d’Alger de 1966, dont elle a décomposé une seconde en 25 images fixes, celle du regard de la jeune fille, disséminé ensuite en 25000 impressions sur papier. Cette masse dormante d’images, éclairées partiellement, dans une semi obscurité, prend une dimension spectrale au fort pouvoir évocateur.

L’exposition se poursuit dans la création littéraire spécialement écrite pour l’occasion par Jérôme Ferrari (prix Goncourt 2012) et Olivier Rohe « A fendre le coeur le plus dur » aux éditions Inculte.

 


Infos :

A fendre le cœur le plus dur
Témoigner la guerre/regards sur une archive
Centre Photographique d’Ile-de-France
107 Avenue de la République,
Pontault-Combault
jusqu’au 21 février