Tailles douces, CRAC de Sète

 

Jacques Julien envisage l’espace d’exposition comme un terrain de jeux qu’il module à l’infini, le monde sportif devenant pour lui prétexte à dépasser l’antagonisme peinture/sculpture, pour sonder distanciation critique et rapport au spectateur. Dans cette première grande monographie en France, il nous livre toutes les facettes récentes de ses réflexions sur les enjeux fondamentaux de la création artistique, s’appropriant l’espace, du sol au plafond, d’un point de vue perspectif. Oscillant entre spectaculaire et absurde, son iconographie engendre une dérive narrative, où nous rencontrons un jardin de sculptures à hauteur d’enfant sur paillasson, un panneau de basket avec des jambes, un nuage en herbe, une cabane pour oiseaux suspendue, des corps-morts à l’abandon, des maquettes empathiques, le tout dans une dimension tragico-poétique où il est question de la chute  et d’une temporalité anesthésiée.

Comme une impuissance de la sculpture où le panneau de basket en équilibre précaire contient l’idée du tableau le plus radical et abstrait qui soit : le carré noir sur fond blanc. Fortement influencé par Barnett Newman, Blinky Palermo ou Carl André, il joue de l’ambivalence abstration/figuration, et sa série de 72 petites sculptures manuelles, les Empathiques, réalisées pour Chamarande, est un condensé de ses recherches plastiques, où s’inscrivent en filigrane les figures de Jaspers Johns, Giorgio de Chirico, René Magritte… Un répertoire de gestes et de formes qui tend vers une économie de moyens et dimension artisanale. Les ruines et prémices d’une sculpture deviennent un magma organique, sorte de pâte à modeler, de cimetière d’oeuvres. Manipulation et ratage. Rebus et régression. Cordes, chaînes, rondins, cabanes,coussins rayés en noir et blanc, ces éléments par essence contradictoires renvoient à la littérature, dans des correspondances autour de l’errance et de la solitude. Buster Keaton lui-même n’était-il pas condamné à une pente trop raide ou un vent trop violent ? Il semble en tout cas que « Tailles Douces », dans sa persistance à vouloir faire bonne figure et tenir debout, nous laisse dans la bouche une saveur douce amère, comme une métaphore sensible de la sculpture aujourd’hui.

 


Infos :

Centre Régional d’Art Contemporain Languedoc-Roussillon
26, quai Aspirant Herber, Sète
Jacques Julien, Tailles Douces
jusqu’au 9 juin