Salon de Montrouge – Quoi de neuf?

Par Maya Sachweh30 septembre 2022In Revue #29, Articles, 2022

 

 

Rendez-vous incontournable pour amateurs et professionnels d’art très contemporain, le Salon de Montrouge a changé de direction artistique. Guillaume Désanges a succédé à Ami Barak, avec Coline Davenne, son associée dans la structure Work Method qu’il a créée en 2006. Il nous a révélé les nouveautés de l’édition 2022.

Qui dit changement de direction dit changement d’orientation et de méthode. Effectivement, il y en a beaucoup pour cette 66e édition, à commencer par le nombre d’artistes sélectionné.es : 37 sur environ 2000 candidatures, contre plus de 50 lors des années précédentes. Pourquoi ce choix restreint ?

 

Chaque changement de direction au Salon de Montrouge a naturellement apporté des modifications. Je crois que c’est l’une des forces du Salon, d’avoir su battre au rythme des enjeux de l’art contemporain à chaque génération. Ce n’était pas une volonté de changement pour le changement mais plutôt, comme nos prédécesseurs, de pouvoir prendre en compte les questions qui agitent le monde de l’art aujourd’hui et essayer de les refléter. Cela influe sur le choix des artistes et la manière de faire. En ce qui concerne le nombre d’artistes, c’est d’abord une question d’espace. On s’est dit qu’il est mieux de limiter le nombre pour leur donner plus de place. Cela nous permet aussi de travailler plus profondément avec eux.

Vous avez complété la liste du comité de sélection par quelques invitations directes, quelle en était la motivation ?

 

Un petit peu à l’image des « entrées parallèles » des Grandes Ecoles comme Sciences-Po, je trouvais intéressant de nous donner la possibilité d’aller chercher des gens qui n’auraient peut-être pas candidaté, issus d’autres disciplines ou générations. Nous avons invité des artistes « en dehors » des circuits balisés, ainsi que le collectif In Plano car aujourd’hui la question du collectif est très importante dans l’art, ce que reflète la dernière Documenta de Kassel.

Est-ce qu’il y a un leitmotiv qui se dégage de la sélection, quels sont les thèmes et préoccupations dominants de cette génération d’artistes ?

 

Il n’y a pas de thèmes imposés dans l’appel à candidatures. Nous voulions justement aller dans la diversité. La sélection reflète tout de même des tendances, des enjeux que les artistes partagent. Parmi ceux-ci il y a beaucoup de choses qui ont à voir avec la question de la pratique artisanale et l’emploi attentionné des matériaux impliquant des savoirs faire traditionnels. Il y a aussi l’écologie, l’intérêt porté aux questionnements spirituels, chamaniques, rituels, et, d’un point de vue plus sociétal, les problématiques identitaires, qui sont très présentes, en écho avec la société d’aujourd’hui.

Par ailleurs, vous voulez rompre avec la tradition des prix décernés lors du Salon, pour quelles raisons ?

Je n’ai pas voulu rompre mais proposer autre chose. Ces dernières années, j’ai beaucoup réfléchi à la question des prix et j’ai trouvé que la mise en scène de la compétition n’est pas en accord avec ce qui est important pour moi aujourd’hui ni je crois avec les préoccupations des artistes. L’attribution d’un prix peut être vécue comme une forme de violence, même lorsqu’il permet de distinguer une œuvre.

Il y a quand-même de la compétition au stade de la sélection, vous éliminez d’emblée pratiquement 80 % des candidatures, donc vous participez au système ?

 

Il y a une différence entre sélection et compétition, cela peut paraître subtil, mais c’est comme ça que j’ai travaillé. Il y a de la sélection, clairement, il n’y a plus de prix mais d’une certaine manière il y a plus d’opportunités proposées. Par contre, la mise en scène d’une compétition où on annonce qu’on va donner un grand prix à un artiste choisi par un jury qui décide entre le meilleur et les moins bons, c’est différent.

Donc, à la place des prix, vous proposez d’autres formes d’aides et d’accompagnements, pour tous ou pour certains artistes ?

 

Nous avons multiplié les partenariats avec des lieux qui vont accueillir et accompagner des artistes sélectionnés par leur propre comité. C’est juste un changement de manière de faire, pas une révolution, on ne s’interdit pas d’accompagner certains différemment que d’autres. En tout cas, nous nous inscrivons dans une logique de perspectives diversifiées plus que de compétition.

Peu après avoir été chargé de la direction du Salon de Montrouge, vous avez été nommé Président du Palais de Tokyo, et depuis 2013, vous êtes également directeur artistique de le Verrière Hermès à Bruxelles. Cela fait trois casquettes, dont au moins une va être très lourde à porter. Est-ce que vous allez continuer à assumer les trois fonctions ?

Évidemment, ce calendrier n’a pas été voulu de ma part, il n’y avait pas de volonté « hégémonique ». La Palais de Tokyo était une opportunité qui n’était pas prévue puisque la vacance de Présidence s’est faite prématurément. La Verrière s’arrête pour moi cette année, c’est un très bon moment, après presque dix ans de programmation, pour laisser la place à de nouvelles visions. En ce qui concerne le Salon de Montrouge, c’est un mandat limité. Je me suis engagé à assurer au moins la première édition et, si cela se passe bien, à continuer quelque temps sur les mêmes bases. Ce ne sont pas les mêmes temporalités et, pour le coup, les deux missions sont assez complémentaires. Cette année est effectivement très chargée mais j’ai eu la chance qu’au Palais Emma Lavigne avait déjà fixé une grande partie du programme jusqu’à fin 2023.

Quels sont vos projets pour le Palais de Tokyo ?

 

J’ai plutôt pensé à un projet de structure pour l’ensemble de l’établissement. J’ai développé ce que j’appelle la permaculture institutionnelle qui prend en compte des enjeux artistiques, politiques, économiques et sociétaux dans une perspective écologique. Elle s’articule autour de quelques points forts : repenser les nécessités de faire les choses, assumer des fonctions de l’art, symboliques, poétiques, esthétiques, mais aussi thérapeutiques, sociales et politiques. Travailler les circuits courts, ne plus participer à la course aux mêmes artistes internationaux présentés « hors sol », mais avoir une attention à notre environnement culturel, dans un tissage vertueux entre l’histoire d’un territoire et la création mondiale.


INFOS :

66e Salon de Montrouge

Du 13 octobre au 1er novembre 2022

Le Beffroi, Montrouge