RECYCLAGE / SURCYCLAGE à l’Espace Monte-Cristo

Par Matthieu Corradino16 novembre 2021In Articles, 2021, Revue #27

 

Devant le terrible danger du flot immense de déchets industriels toxiques et non dégradables qui nous envahit, notre passivité semble être du ressort de la psychanalyse. Pour nous la rendre bien consciente et tenter d’y mettre un terme, l’exposition Recyclage/Surcyclage convie 25 artistes, sensibles aux problèmes environnementaux. Car les commissaires d’exposition, Pauline Ruiz et Jules Fourtine, savent bien que l’art est le meilleur moyen de produire cette catharsis, qui rend non seulement acceptables mais attrayants les sujets qui au demeurant nous insupportent au point d’être rejetés dans l’inconscience.

 

 

Face à la réalité de la pollution, les trois attitudes primaires de fuite, protestation ou acceptation ne sont plus opérantes. Ainsi Agnès Varda nous démontre dans sa vidéo – La Méditerranée – l’absurdité de la fuite sur une « île déserte », car tôt ou tard s’y inviteront non seulement les détritus flottant sur nos mers dénaturées mais aussi les victimes au sein de la faune aquatique. Et Suzanne Husky rappelle, en prenant l’exemple de l’art, que la simple protestation contre les industries de la grande consommation repose sur une position ambiguë, puisque ce sont bien souvent elles qui sponsorisent la production artistique contemporaine (Série douceurs de fleurs). Bordalo Segundo estime, qu’au vu de la baisse actuelle de la biodiversité, les street artists ne peuvent plus accepter de combiner joyeusement des matériaux de rebut, juste pour « faire pauvre » (Half ring tailed lemur).

 

Mais les artistes invités proposent aussi des solutions, comme le recyclage et le surcyclage. Le recyclage tout d’abord. Il pourrait être personnel et immédiat, comme celui pratiqué par Anita Molinero. Lance-flammes à la main, l’artiste sculpte des containers rouges en PVC en s’inspirant de l’art des Muses d’Apollon (Floraisons Nollopa – anagramme d’Apollon). Mais le recyclage pourrait être aussi collectif et s’étaler sur de longues années, comme le propose Julia Maria Lopez-Mesa. La construction de sa vaste installation itinérante In Tissu a débuté en 2017 en Colombie, et vise à produire, à terme, une œuvre participative culminant dans la fabrication d’une grande habitation collective confectionnée de milliers de fragments de dons d’habits, imprégnés de l’histoire intime de leurs porteurs.

 

Puis il y a le surcyclage, moins énergivore que le recyclage industriel, il permet, en récupérant soigneusement des matériaux non dégradables, de composer des œuvres « qualitatives » (la théorie du surcyclage, upcycling, est d’origine anglo-saxonne). Ceux-ci peuvent même atteindre la pureté du sacré. C’est ce que prouve brillamment Moffat Takadiwa, en reconstituant à partir de touches d’ordinateur et de bouchons en plastique de rebut, un costume cérémoniel consacré aux déités de son pays natal, le Zimbabwe (Party Regalia). C’est aussi le tour de force de Quetzalcoatl, œuvre réalisée par Guillaume Cabantous, qui façonne une représentation du célèbre dieu-serpent à plumes des Aztèques à partir de plusieurs matériaux surcyclés : un pare-brise fracassé, des billes de verre, des volants de badminton en plastique.

 


Recyclage/ Surcyclage

Jusqu’ au 19 décembre 2021

 

Espace Montecristo

9 rue Monte-Cristo, Paris 20e