Prix RICARD 2018 : philanthropisme circulaire

Par David Oggioni14 octobre 2018In Articles, 2018, Revue #20

Le Prix de La Fondation d’entreprise Ricard fête l’âge de l’émancipation en invitant Neil Beloufa, artiste tutoyant les limites de la perception, à penser sa vingtième édition.

Il articule une déambulation nonchalante à la faveur de décloisonnements artistiques. Aux deux extrémités sont conviées deux mini expositions.

Dans les toilettes, un « éloge du sale » où le collectif/famille South Way Studio fait ego commun autour d’un autel dédié à l’âme du monde. Émerveillés par l’élan vital qui réunit toute entité terrestre, des artistes aux pratiques précapitalistes, offrent des formes d’art qui racontent la cristallisation formelle des changements sociétaux. En une attitude pacifiste, ils observent comment l’on est passé de l’élévation anonyme des cathédrales à la peinture individualiste de chevalet, tout en laissant l’histoire de l’art se réécrire en évinçant des formes ataviques et animistes d’inspirations pourtant toujours présentes.

À l’entrée fait écho une ode à l’amitié : nombreux sont les artistes émergents qui partagent un atelier en y exposant ensemble. Les quatre du Marquis expriment la construction de cette relation.

Le long du parcours, on peut visionner sept épisodes de Liv Ulman, concernée comme Beloufa par la liaison entre géopolitique, économie et idéologie de l’art ; un drolatique détective accumule les indices sur des sujets tels que le Moyen-Âge, l’Arte Povera, le cosmos, le nouveau cinéma arabe, le chamanisme, la contrefaçon, le mythe de la caverne. Sorte de métadiscours faisant écho aux thématiques des autres artistes.

L’autre vidéaste, Meriem Bennani, sérieuse et drôle à la fois pour contrer des sujets plus graves, observe son monde avec les yeux d’une mouche savante au moyen de projections sur des écrans-sculptures, superposant documentaire et post-effets cartoon, produisant des procédés parodiques pour subvertir les attentes des deux cultures pop et musulmane.

Anne Le Troter génère une allégorie de l’eugénisme en mettant en scène des données récoltées sur le site d’une banque du sperme. Une berceuse produite à partir de 400 heures de critiques censées évaluer la virilité du donneur, surgit depuis deux transducteurs qui déroulent pour ainsi dire du câble, devant un rideau de paillettes vierges prêtes à recevoir de l’ADN sous les regards des donneurs.

Un rêve-auto fictif baroque de Lucile Littot est restitué en des porcelaines aux motifs émaillés, parées d’or et brodées sur du cuir rose bonbon qui oscille dans un cadre noir à griffons, entre Cendrillon, le cheval décapité sur le lit de Corleone et sainte Lucie amazone résistante, patronne de Syracuse. Du carrosse explosé, une traîne en velours noir sort du cadre-guillotine, évoquant la métamorphose entre magie noire et ex-voto.

Morphing infini également pour les huiles sur papier de Ludovic Boulard Le Fur et l’atelier mental de Victor Yudaev.

Retour sur terre grâce à Guillaume Maraud ; sous la sacralisation de ces dates en néon, qui au final masquent l’importance d’une temporalité plus longue, il nous rappelle l’impérieux sel de l’art, nous invitant à créer un fonds de dotation, seule structure permettant une rentrée d’argent régulière. Les donateurs participeront à plus d’horizontalité dans les actes artistiques. Devant des urnes funéraires biodégradables, il suggère aux philanthropes une autre possibilité.

 

Par David Oggioni


Infos :

Le Vingtième Prix

de la Fondation d’entreprise Ricard

12 rue Boissy d’Anglas, Paris 8è

Jusqu’au 27 octobre