L’opéra synesthésique de Violaine Lochu

Par Sylvie Fontaine30 octobre 2020In Articles, Expositions, 2020

 

Diplômée de l’Université de Rennes et des Beaux-Arts de Cergy, Violaine Lochu a une pratique transdisciplinaire à la croisée des arts plastiques, du chant et de la poésie sonore. Cette artiste à l’identité plurielle, a fait de sa voix son instrument de prédilection et s’exprime au travers de performances, installations sonores, vidéos et objets éditoriaux.

 

Le point de départ de son œuvre résulte souvent d’une rencontre forte avec des entités (humains proches ou inconnus ou non-humains), ou avec une actualité dans une zone géographique donnée ou un contexte particulier, ce qui lui donne l’opportunité de tisser des liens et collaborer avec d’autres. Les notions d’hybridation et de métamorphose sont très importantes pour elle : après immersion dans des milieux divers, mixant les langages et certaines sonorités, elle crée « une tierce-voix », brouillant les identités.

 

Au Centre d’art contemporain La Traverse, cette merveilleuse conteuse nous invite à un parcours sensoriel rythmé par des évènements narratifs, dans une mise en scène où l’architecture – le son – la lumière- les images vidéo interagissent, nous renvoyant au principe de la synesthésie chère à l’artiste. La Traverse devient, le temps de l’exposition, un espace modulaire à vivre et à habiter où chaque pièce, éclairée par une lumière spécifique afin de désacraliser le white cube, a une fonction et une temporalité donnée.

 

Le projet a pris forme pendant le confinement où, comme chacun d’entre nous, Violaine éprouvait la nécessité de parler avec ses proches et ses amis. Elle invite alors une quinzaine de personnes à raconter ce moment historique, selon un protocole bien précis, en le transposant dans le passé. Le document-fiction prend alors la forme d’une poésie sonore qui accueille le visiteur dès la première salle de l’exposition accompagnée par un long rouleau de papier déployé au sol, tel un journal intime où s’enchevêtrent écriture automatique et images de la sphère privée ou publique.

 

Pour la « salle de projection » Violaine Lochu a conçu la vidéo-performance Modular K réalisée avec un collectif aux allures futuristes et à l’esthétique d’un groupe de rock déjanté, se rassemblant en un lieu étrange afin d’y mener certains rituels. Si l’on analyse le titre d’un point de vue étymologique, il fait d’une part référence aux « modules » et au rapport du corps à l’habitat, et d’autre part la racine « ar-K » en grec qui signifie enfermement, maintien à l’intérieur. Avant de subir un interrogatoire dans l’ultime « salle du confinement » donnant lieu à la création d’un ID song (chant conçu à partir des réponses obtenues), le spectateur est convié à s’allonger afin de se laisser bercer par la sonorité des mots dans une « salle de repos » nimbée de lumière rose.

 


Infos pratiques:

Modular K, Violaine Lochu

Jusqu’au 21 novembre

CAC La Traverse

9, rue Traversière, Alfortville