LE PRIX CARRÉ SUR SEINE

Par Maya Sachweh29 mars 2025In Articles, 2025, Revue#34

 

Depuis 2012, les Rencontres artistiques Carré sur Seine de Boulogne-Billancourt sont un rendez-vous précieux entre artistes et professionnels de l’art. Les « speed-datings » de l’art contemporain débouchent sur l’attribution d’un prix et, depuis trois ans, une exposition des finalistes, cette année au Centre Wallonie-Bruxelles Paris. Entretien avec les trois fondatrices, Maria Giovanna Gilotta, Isabelle Lefort et Florence Provost.

 

Maya Sachweh : Comment est née l’idée des Rencontres ?

Carré sur Seine : Nous étions toutes les trois galeristes, et au contact avec les artistes, nous nous sommes rendues compte de leurs difficultés à rencontrer des professionnels, des galeristes, curateurs ou critiques et à présenter correctement leur travail. Il existait déjà des rencontres de lecture de portfolios pour les photographes, le format a eu beaucoup de succès. Nous avons donc voulu élargir le concept à toutes les pratiques artistiques et à des professionnels de tous horizons. Nous voulions également conseiller et accompagner les artistes dans la constitution de leur dossier et la présentation orale. Il n’est pas facile de faire la synthèse de son travail en 20 minutes.

M.S. : Les débuts étaient plutôt modestes. Vous étiez combien en 2012 ?

CSS : Les premières rencontres se sont tenues dans une galerie de Boulogne, un espace limité et un petit comité pour environ 130 rendez-vous en une journée. Une première édition qui a soulevé l’enthousiasme de tous les participants et nous avons senti la nécessité et la possibilité d’ouvrir l’événement à un plus grand nombre.

M.S. : L’évolution a été constante et impressionnante. En 2024 il y avait 450 artistes, 104 experts et plus de 1800 rendez-vous. Comment fonctionnent les Rencontres ?

CSS : Nous lançons un appel à candidature ouvert à tous, sans restriction d’âge, de discipline ou de nationalité, et on reçoit en moyenne 800 dossiers dont nous retenons environ la moitié. La sélection se base évidemment sur la qualité du dossier, l’originalité et la pertinence du propos artistique et la qualité professionnelle du travail. A ce stade-là, nous ne nous disons pas : il faut tant de peintres, de sculpteurs, de vidéastes… Depuis trois ans, nous avons de plus en plus de candidats qui ne sont pas artistes plasticiens ou visuels, mais des musiciens ou danseurs qui cherchent à rencontrer des professionnels de l’art.
En même temps, nous contactons les experts, des responsables d’institutions culturelles, musées, centre d’art, foires, fondations, festivals et salons, mais également des commissaires d’expositions, critiques d’art, galeristes et collectionneurs. Nous sommes très heureuses de voir que de nombreux experts sont fidèles à l’événement et que le nombre croît d’année en année. Nous essayons d’avoir le spectre le plus large possible.
Les rencontres mêmes se déroulent sur quatre jours. Chaque artiste peut rencontrer cinq experts maximums qu’il a choisis en amont. Les experts, par contre, ne sont pas limités, ils peuvent rencontrer jusqu’à 17 artistes par jour.

M.S. : Depuis 2014 Carré sur Seine décerne un prix dont le premier lauréat était Lyes Hammadouche qui a fait une belle carrière, comme la plupart des lauréats ultérieurs. Depuis 2019, d’autres prix se sont ajoutés. Quel est le processus de sélection des finalistes et qui choisit les lauréats ?

CSS : A l’issue des rencontres, nous demandons aux experts un retour sur leurs rendez-vous et d’évaluer leur travail afin de définir une liste élargie d’une trentaine d’artistes. Nous étudions cette liste avec le Président de l’édition et les membres du jury qui changent chaque année pour sélectionner une dizaine de finalistes. En 2024, le Président était Yvannoé Kruger, le directeur de Poush, et les membres du jury Stéphanie Pécourt, directrice du Centre Wallonie Bruxelles Paris, Paula Aisemberg, directrice artistique du Fonds de dotation Émerige, Marc Donnadieu, commissaire indépendant, Julia Marchand, critique d’art, Andrea Ponsini, le directeur du Salon de Montrouge, et nous trois.
Le lauréat du Prix Carré sur Seine, doté de 5000 €, est déterminé par le vote de l’ensemble des experts et du jury à l’issue de l’exposition des finalistes.
Le Fonds de Dotation Interconstruction, notre partenaire, décerne également un prix avec une dotation de 5000 € à un artiste travaillant le volume, et cette année, Stéphanie Pécourt attribuera le prix de la Marraine de 1500 € et intégrera le travail de l’artiste à la programmation à venir du CWB.

M.S. : Finalement, il n’est pas si important que ça d’être finaliste ou lauréat. Les rendez-vous entre experts et artistes peuvent avoir des résultats intéressants et déboucher sur des expositions, un contrat avec une galerie ou des articles dans la presse.
Tout cela, l’organisation des rencontres, les prix, l’exposition des finalistes, a un certain coût. D’où vient le financement (en dehors des 12 € par RDV que vous demandez aux artistes et qui posent question à certains participants) ?

CSS : Nous avons un partenaire historique, la Ville de Boulogne-Billancourt qui nous soutient depuis le début, d’autres se sont ajoutés au fil du temps : le Fonds de dotation Interconstruction, le Fonds de dotation Emerige, la Compagnie des bateaux à roue et, depuis l’année dernière, Nexity qui finance une résidence de 8 mois pour trois artistes. Tous les experts, comme l’équipe de Carré sur Seine, sont bénévoles, mais cela ne suffit pas pour couvrir tous les frais, nous sommes donc obligées de mettre à contribution les artistes. Nous sommes conscientes que la somme de 12 € par rencontre peut être importante pour certains, mais cela permet à Carré sur Seine de faire exister l’événement.

M. S. : Les 10 finalistes de l’édition 2025 sont exposé.es au Centre Wallonie-Bruxelles. Qui sont les commissaires de l’exposition ?

CSS : Le commissariat est principalement assuré par Yvannoé Kruger et Stéphanie Pécourt, qui sont accompagné.es par le premier lauréat du Prix Perspective Curatoriale, Lou-Justin Tailhades, qui a reçu 1000 €. Les dix finalistes sont Sosthène Baran, Jérôme Grivel, Pascal Hachem, Farid Kati, Louis Lanne, Alexandre Pimentel Nitzsche Cysne, Carlota Sandoval Lizarralde, Chloé Sassi, Hugo Vessiller-Fonfreide et Jisoo Yoo.
L’exposition présente également les travaux des lauréates du Programme de Résidence Carré sur Seine Nexity Héritage : Maya Gering, Gohar Martirosyan et Halveig Villand.

 

 

Infos pratiques

Prix Carré sur Seine 2025
Du 27 mars au 12 avril
Centre Wallonie-Bruxelles Paris
127 rue Saint-Martin Paris 4e