Le Paradis vous donne rendez-vous à Caen

Par Gilles Kraemer19 novembre 2021In Revue #27, Articles, 2021

 

L’on rêve tous d’aller au Paradis, « qu’on soit béni ou qu’on soit maudit… » chantait Michel Polnareff. C’est à un autre paradis qu’Anne Cartel, commissaire de cette exposition, nous renvoie, celui du film d’Yves Robert (1977), dans « l’esprit de Jean Rochefort, sérieux, zen, mais tellement drôle, s’ouvrant sur l’humour géométrique de Répartition aléatoire de 40 000 carrés de François Morellet pour se clore avec un autre François [Curlet] dont la narration de son film Jonathan Livingston met en scène un personnage roulant à bord de sa Jaguar transformée en… corbillard ».

 

24 artistes, 31 œuvres, de l’humour grinçant d’Émilie Breux, dont Tu me fanes confronte une fleur naturelle se fanant pendant l’exposition à sa représentation dessinée, à Elsa Werth et son échelle des valeurs bien réelle d’HAHAHA – ascension sociale, composent cette exposition.

 

Production du FRAC Normandie, « une installation spatiale composée de tissus aux motifs abstraits, conçue par Bruno Peinado, scénographie le premier espace » dans lequel des peintures et sculptures, tout aussi abstraites, se dévoilent au fur et à mesure de la déambulation.

Window de Julie Vayssière, par son simulacre de fenêtre ouverte sur le monde, trompe-l’œil, fausse nos sens, non loin du grinçant Flat bed 3 sur lequel Sarah Tritz a peint une « mauvaise copie de tableaux » et de Crystal Meth, une boule à facettes d’un semblant de fête, tournant sur elle-même en rayant des miroirs, revisitée par Nelson Pernisco.

 

Le diptyque From Dusk Till Dawn, d’Amélie Bertrand, s’inspire du film d’horreur éponyme interprété par Quentin Tarantino (1996), dans son ambiance haute en couleurs, son entrée impénétrable de paysage hermétique celant quelques intrigues. Des secrets, Jordan Derrien en cache également dans ses trois monochromes noirs et Romuald Jandolo – diplômé de l’École supérieure d’arts & médias de Caen/Cherbourg – livre l’étrangeté de ses céramiques, issues de tension de la matière.

 

Une des ultimes œuvres de ce parcours foisonnant est Sans titre, Luxe interior de Bruno Peinado, au titre évoquant le chanteur des Cramps. Elle représente un rétroviseur surdimensionné avec les objets fétiches qu’y accroche l’automobiliste, souvent des représentations protectrices contre les accidents.

Pas enclin à aller tout de suite au Paradis l’automobiliste !

 


Nous irons tous au paradis

 

Jusqu’au 6 mars 2022

FRAC Normandie – site de Caen

7 bis rue Neuve Bourg l’Abbé, Caen