JEAN CLARACQ, PEINTURE CRYPTÉE

Par Marie Gayet1 octobre 2018In 2018, Revue #20, Articles

« Que fait-on quand on regarde une peinture ? Qu’imagine-t-on ? Comment dire ce que l’on devine ? ». Devant les peintures de Jean Claracq (né en 1991) diplômé 2017 des Beaux-Arts de Paris, récompensé cette année par le 2ème Prix Marin et le Prix Roger Bataille, les questions posées face à des oeuvres « classiques » dans le livre « On n’y voit rien » de  l’historien d’art Daniel Arasse, restent  valables.

Avec leurs personnages pensifs, leurs décors improbables de paysages et de villes, ses tableaux,  où se mêlent fiction et réalité, intriguent tout autant qu’ils donnent la sensation d’un temps suspendu entre passé et présent. La polysémie de ses compositions, trait dominant dans sa pratique, s’articule autour de la notion de citations et de références. Elle emprunte  à l’histoire de l’art, à l’art médiéval, à la photographie et même aux nouveaux médias, Instagram en tête, réservoir ininterrompu d’images et vraie machine à fictionner la vie. Là, une « « Pool de David Hockney, ici, un traitement pictural du flamand maniériste Herry Met de Bles, sur l’ordinateur, une photo qui ressemble étrangement au jeune homme du tableau le met en abyme d’un simple regard.

Des liens invisibles se tissent entre tous les éléments représentés, dont seul le peintre connaît le sens et l’histoire.  Ils servent ses recherches, notamment sur le statut de l’objet d’art, la notion de culture, le rapport structurel création/monstration/marché.

Gerhard Richter lui plaît pour sa capacité à changer de style et  renouveler son langage pictural.

Jusqu’à il y peu, J. Claracq ne peignait que des petits formats, voire des très petits formats (7x5cm), qui l’obligeaient à rentrer dans l’infiniment petit. Si petit que le regardeur pouvait se perdre car au lieu de le faire rentrer dans l’œuvre, la petitesse pouvait au contraire l’en éloigner.

Si les formats se sont agrandis, le jeune peintre reste fidèle au bois : plus lisse, plus fin, demandant une précision extrême.

Actuellement, il se fait fabriquer un très grand format de contre-plaqué, où va s’élargir davantage le hors-champ de ses images à tiroirs. A la fois monde clos et espace ouvert, la peinture de Jean Claracq s’inscrit dans la tradition du médium tout en affirmant et renouvelant ses enjeux contemporains.

Il sera présenté à l’automne sur la jeune foire AEmergence et pour le Prix Artagon.

 

Par Marie Gayet


Infos :

AEmergence

13/15 rue du Pont aux Choux, Paris 3è

du 17 au 21 octobre.

Artagon

Magasins généraux, 1 rue de l’ancien canal, Pantin 93

du 12 octobre au 11 novembre