Derniers jours de l’exposition   -1°/293m de Julia Borderie & Eloïse Le Gallo

Au GAC Annonay (Ardèche)

Par Marie Gayet28 août 2020In Articles, Expositions, 2020

 

Au-dessus du titre de l’exposition -1°/293m, l’affiche aligne une longue addition de chiffres dont le total serait l’équation du titre. Lorsque l’on demande aux deux artistes Julia Borderie et Eloïse Le Gallo de nous expliquer ces chiffres, on comprend que la succession de ces nombres additionnés est une sorte de liste mémento et que chaque chiffre est un repère dans le déroulé de leur travail en duo, indice d’éléments relatifs à leur processus ou données scientifiques et informatives sur l’eau en particulier.

 

Car depuis leur rencontre en 2016, les deux artistes ont entamé un travail à quatre mains (et à quatre pieds, car elles se déplacent beaucoup !), autour de cet élément, les menant vers des terres parfois lointaines.

 

L’exposition au GAC à Annonay est une étape de leur recherche en cours, où les œuvres présentées (films, sculptures, installation, et lithographies) ont toutes été réalisées pendant ou après des résidences dans les environs et à Moly-Sabata, sur les deux dernières années. Leur approche artistique à forte composante documentaire est toujours le corollaire d’une observation sur le terrain et de rencontres avec des personnes qui peuvent devenir partie prenante du projet.

Sur ce territoire volcanique de l’Ardèche, – où existe la ligne de Partage des Eaux Méditerranée/ Atlantique – elles ont suivi les cours d’eau, les ruisseaux, arpentant les paysages en toutes saisons, recueillant des histoires auprès des habitants, relevant des traces, inscrivant des repères, et recréé ainsi une topographie sensible du territoire, à l’échelle du corps et du sol. L’eau se fait démarche, départ et arrivée, l’eau est source vive, vivante et s’élève en même temps que le niveau de la terre.

 

Sources, le premier film que l’on voit en entrant dans l’exposition suit ces parcours, d’un lieu à un autre, entre collines et plaines, par des chemins de traverse aux herbes sauvages. On y repère aussi, portés sur le dos ou sur un côté du corps, des objets étranges, aux formes biomorphiques, de couleur sombre, équipés de sangles, sortes d’outres ou de besaces. Ce sont des « portraits » de sources en céramique, et plus exactement des empreintes en volume de sources, dont les moulages ont été réalisés à l’endroit même de l’apparition de l’eau émergeant de la terre. Ces céramiques peuvent être transportées par d’autres à l’occasion de « balades » performatives ou pour apporter l’eau sur le lieu d’une cuisson.

 

Car, comme dans le tao qui associe des principes opposés, Soles, le deuxième film montre cette fois le feu, les fours, les cuissons de sculptures, trous et cercles de lumière tournoyant comme une énergie cosmique.

 

Les deux films, montrés de revers, chacun avec une bande son spécifique réalisée avec Martin Balmand, se font écho par l’image et par le son, d’un côté et de l’autre du mur. Il est à noter que l’étymologie du mot « soles » est en lien avec le sol, le plat d’une surface et c’est exactement la perception que l’on a du four matrice en torchis qu’elles ont construit à Moly-Sabata, creusé directement dans la terre, et dont elles ont tiré des lithographies, à ras de terre, dans des dégradés de sable, d’orangé, de bruns.

 

C’est dans ce four qu’a été cuite une partie des sculptures de la très belle installation Soles 359*, un alignement de pots gigognes présentés sur une bande de sable, dans la quasi longueur de la dernière salle. Le sol y est très irrégulier et présente un dénivelé important. De cette caractéristique qui aurait pu être une problématique, le duo a su mettre en évidence ce qui dialogue avec le propos du projet : niveaux, hauteurs, échelles, altitude, repères, territoire, déroulé, récit, mais aussi l’énergie intemporelle de l’eau et du feu, leur principe actif et complémentaire. Scientifiquement, il est démontré que l’altitude influe sur la température des cuissons : tous les 293 mètres, la pression atmosphérique réduit la température d’ébullition de l’eau d’un degré.

Si les pots, tous différents, matérialisent des moments distincts de l’ascension des deux artistes, ils racontent également les interactions avec les roches du sol, les accidents de cuisson, tel le phénomène d’enfumage qui a noirci des pots en leur donnant un aspect laqué à certains endroits, ou bien encore l’utilisation des cendres récoltées à la place de la terre comme matériau. Sur le sable déposé comme un limon, de la plus petite à la plus grande, les sculptures semblent sans âge et défient l’écoulement de l’horizontalité.

 

*359 est le niveau de la ville d’Annonay au dessus de la mer

 

Certains des pots de l’’installation Soles 359 ont été tournés avec Jean-Jacques Dubernard de la poterie des Chals

Partenaires de cuisson: le Silence du monde, Maison du Parc de Jaujac


 

Infos pratiques:

Exposition   -1°/293m de Julie Borderie & Eloïse Le Gallo

Gac (Groupe d’Art Contemporain) 1 bd de la République, Annonay (07)

www.gac-annonay.fr

Commissaires d’exposition : Helena de Jong et Ekaterina Shcherbakova

 

dimanche 6 septembre 2020 dès 14h, cuisson publique de céramiques dans le four « Soles 135 »  à Moly-Sabata

Les céramiques « Des sources » ont été activées lors d’une marche sur la Ligne du Partage des eaux le 30 août avec la géologue Maryse Aymes.