Dans le prisme des sels d’argent

Par Marie Gayet15 mai 2021In 2021, Revue #26, Articles

 

Silver memories, le désir des choses rares de Daphné Le Sergent au CPIF s’apparente à un voyage en des terres lointaines, basé sur une recherche autour de la photographie argentique, le minerai d’argent et l’argent monétaire. Une immersion dans un environnement visuel et sonore, où la réalité, le documentaire et l’imaginaire se confondent.

 

L’exposition s’inscrit dans le prolongement du travail de l’artiste dont la pratique s’intéresse aux notions de frontière, d’origine et d’histoire et fait dialoguer plusieurs médiums : photographie, vidéo, dessin, archives et installation. C’est lors de résidences en Guyane que Daphné Le Sergent rencontre des amérindiens et découvre une entreprise minière dans la forêt amazonienne.

Dans la vidéo L’image extractive, on peut lire « O garimpeiros, vous saisissez l’argent pour hisser à nos regards la préciosité qu’est l’image, vous préparez les trames de nos visions argentiques. » Plus loin évoqués les échanges commerciaux, l’épuisement du minerai, l’apparition du numérique, la fin de la photographie argentique, tout en montrant la terre, la boue et l’eau qui tournent dans des récipients, des particules affleurant la surface, et des graphiques indiquant les marchés financiers qui semblent n’avoir de cesse de diriger le monde capitaliste. Jamais le « ça a été » de R. Barthes n’a résonné si juste, même si le « ça » perdu concerne plus un objet et moins un sujet.

Sans être jamais didactique, l’artiste remonte le cours de l’histoire, – les premières colonisations, l’abondance des terres conquises – et tisse des nouveaux récits, s’autorisant même quelques subterfuges.

A l’heure du data-mining et de l’obsolescence programmée, elle recrée un Codex, inspiré d’un modèle maya, qui prophétise la disparition du minerai d’argent en 2031, ou encore un daguerréotype en or, tel que l’avait expérimenté au Brésil dans les années 1830, l’inventeur français Hercule Florence, avant que son procédé aux sels d’or ne soit supplanté par celui de Daguerre à Paris, aux sels d’argent.

De l’ensemble découle une forme poétique et mélancolique, où « le désir des choses rares » plonge dans les racines de notre humanité, la forêt, l’eau, le chant, les nuages, une terre malléable, une vision intérieure… il est un souvenir en noir et blanc, un flux dans l’espace et le temps, une mémoire en devenir.


INFOS

Daphné Le Sergent, Silver memories, le désir des choses rares

Jusqu’au 18 juillet

Commissariat : Daphné Le Sergent et Nathalie Giraudeau

CPIF, Cour de la Ferme Briarde, 107 av. de la République, Pontault-Combault