Cécile Beau, Subfaciem

 

Prix Découverte des Amis du Palais de Tokyo 2011

Cécile Beau, jeune artiste issue de l’Ecole du Fresnoy – après des études aux Beaux-Arts de Tarbes et de Marseille, vient de recevoir le Prix Découverte 2011 des Amis du Palais de Tokyo.

Cette nomination lui donne l’opportunité d’exposer pendant deux mois à partir du 12 avril 2012 dans un module de cet endroit récemment agrandi et transformé.

Dès le début, originaire des Pyrénées, Cécile Beau est fortement marquée par les Romantiques dans leur rapport à la nature et à l’imaginaire et tout particulièrement par le « Voyageur au-dessus d’une mer de nuages » de C.D. Friedrich où le personnage vu de dos contemple le paysage.

Elle réalise des installations où son, image et objet entretiennent des rapports étroits comme autant de questionnements sur les modes de perception. Le spectateur est invité à pénétrer l’espace même de l’oeuvre, à s’abandonner et se laisser envahir peu à peu par la matière sonore. Dénués de présence humaine, ces paysages permettent ainsi au spectateur d’en devenir l’acteur et de fabriquer sa propre narration.

Le son, outil invisible, génère le temps et l’espace hors-champ ; il donne à voir des espaces vides, entre image réelle et image mentale, où l’imaginaire du spectateur est exacerbé.

Cécile Beau montre un vif intérêt pour la poésie, l’écriture et enfin pour le cinéma comme par exemple dans le film « Nouvelle vague » de Godard où le son interfère avec l’image pour créer quelque chose d’autre. Elle enregistre la bande son de nombreux films étrangers et les écoute pour la musicalité de la langue sans en comprendre le sens propre. Une phrase de Gertud Stein reste en sa mémoire : « Je regrette que les mots soient malheureusement si complètement les mots de quelque chose… ».

C’est pour cela que l’artiste choisit les titres de ses oeuvres en langue étrangère, non pas pour leur signification propre, mais pour leur sonorité.

Pour le Palais de Tokyo, l’artiste a réalisé cinq pièces pour l’exposition Subfaciem, selon différents axes – végétal, minéral, organique – en rapport avec l’architecture du lieu, autour de la notion de souterrain. Le spectateur descend dans une grotte au plafond bas et en pente où sont présentés des fragments du réel, prélevés et disposés de façon à permettre au temps et à l’espace d’entrer en collision. Un arbre semble repousser l’architecture, stalactites et stalagmites recouvertes de givre tentent de se rejoindre – en référence aux colonnes du bâtiment –, cinq plaques de bétons où un paysage fossilisé est à peine perceptible comme une ligne d’horizon (ou ligne évoquant une ancienne montée des eaux), une flaque noire dont la surface ondule lors d’un tremblement de terre qui sourde, un vent extérieur s’infiltre et s’intensifie afin de parcourir tout l’espace en se faufilant à travers les différentes pièces et en les englobant…

C’est une expérience sensorielle qui nous est proposée, dans un espace où la lumière faible et un son sourd enveloppent le spectateur pour une perte de repères assurée. Ces oeuvres, d’une grande poésie, laissent ainsi libre cours à la contemplation et l’imagination si chères à l’artiste.

 


Infos :

Palais de Tokyo

Modules Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent

13 avenue du Président Wilson, Paris 16e

Jusqu’au 4 juin