Boryana Petkova

Par Alexia Pierre29 septembre 2022In 2022, Revue #29, Articles

 

 

Née en 1985 à Sofia, diplômée de l’École supérieure d’art et de design à Valenciennes en 2015 et de l’Académie Nationale des Beaux-Arts de Sofia en 2011. Elle vit et travaille à Paris.

 

Coutures de corps entre eux. Six femmes sont liées par un fil d’encre qu’elles portent, inscrit sur leur peau. La ligne de vie que Boryana Petkova se tatoue dans les dernières heures de 2021 s’étend au-delà de sa propre paume. Le tatouage se partage. La seule condition pour le recevoir est de s’engager à le transmettre en retour. Tel est le contrat pour faire partie de la sororité, « sisterhood », ainsi initiée avec l’artiste bulgare Iskra Blagoeva. SIS (2022), un projet, une communauté en formation, accentue une possibilité littérale de la « reliance »[1] tout en se fondant sur des relations de bienveillance. Ce don d’une parcelle de son corps pour la vie repose sur un accord de confiance, sur un « dialogue au toucher » passant par l’intermédiaire de l’aiguille de stick and poke de Constança Saturnino. Parfois, ces corps se réunissent et entrent en mouvement, connectant les lignes entre elles, ils réaniment alors le dessin par la performance groupée ou le simple contact humain.

L’acte de dessiner, à travers son propre corps ou celui d’un.e autre, est souvent un point de départ pour Petkova. Il guide tout particulièrement ses performances, comme celle proposée au Salon Drawing Now (2022). Deux mains s’acharnent au fusain sur un mur blanc. Leurs mouvements circulaires sont empêtrés par un lien en verre, les menottant l’une à l’autre. Se libérer signifie briser cette sculpture humaine, cesser la collaboration forcée. LINK (2021) pousse la codépendance à l’extrême, mais ouvre aussi la possibilité aux deux corps de se rapprocher volontairement une fois détachés.

Là se trouve le pivot central de la démarche de l’artiste, articulant ses œuvres autour des contraintes mentales et l’enfermement des corps. Ses sculptures contraignent ces derniers, leur créant une armature « carcéralisante »[2] – parfois physique telle que Guardian (2019) ou Guardian II (2021) – que la performance vient par la suite déconstruire. Jamais chorégraphiées, ses œuvres proposent un « dialogue honnête », universel, pour lesquelles l’artiste invite régulièrement des personnes différentes à co-performer.

[1] Formule empruntée à Michel Maffesol, auquel Nicolas Bourriaud réfère dans Esthétique relationnelle (Dijon : Les Presses du réel, 1998).

[2] Formulation empruntée à Richard Dubé en référence au système de pensée disciplinaire foucaldien, dans « Michel Foucault et les cachots conceptuels de l’incarcération : une évasion cognitive est-elle possible ? », Champ pénal/Penal 4 (Janvier 2014)