Bianca Bondi : Une exploration de la psyché du monde

Par Marie Gayet2 avril 2018In Articles, 2018, Revue #18

Bianca Bondi, originaire d’Afrique du Sud, arrive à Paris fin 2006 et intègre l’année suivante les Beaux-Arts de Cergy. Après deux années de formation artistique traditionnelle à Johannesburg, c’est dans cette école réputée pour favoriser des pratiques transversales qu’elle va pouvoir développer son goût pour l’expérimentation et sa curiosité instinctive devant l’éclosion des formes et leurs métamorphoses. Sensible aux phénomènes cosmiques, à la biochimie, aux principes énergétiques et aux mondes parallèles, Bianca Bondi fabrique des « objets » à la lisère du symbolique et de la science, de la phénoménologie et du conceptuel. Son processus de travail, souvent in situ, en lien avec l’histoire du lieu, peut être assimilé à une pratique rituelle ou une sorte d’alchimie empirique, faisant la part belle et poétique à la mutation et à l’oxydation. Il en résulte des surfaces étranges, des objets déroutants, des installations intrigantes. Ses matériaux de prédilection sont le latex, le cuivre, le sel, choisis pour leur potentiel de transformation ou leurs propriétés intrinsèques mais on trouve aussi des fleurs séchées, de la résine, du textile, des câbles, du néon…  Le plus souvent, le geste est simple, procède de l’empreinte, de l’alliance entre deux formes. Bianca Bondi laisse le temps faire œuvre. Le lieu où les choses se font et celui où les choses se défont ne seraient-ils pas qu’un seul et même monde, vu par le prisme de la réversibilité ?  Que connaît-on vraiment de la vie de la matière ? Et de la vie intérieure ? Et du monde des esprits ?

Présentée dans de nombreuses expositions de la jeune création en France et à l’étranger (Emerige en 2015, La villa Belleville, résidente aux Arques en 2017, etc.), l’artiste propose ses deux premières expositions personnelles, l’une à la galerie 22,48m2 à Paris, et l’autre à Johannesburg. « Gradually, then Suddenly », le titre de l’exposition parisienne est extrait d’une nouvelle d’E. Hemingway de 1926. Il suggère la part temporelle et intangible du travail de Bianca Bondi, mais il rend compte aussi de ses préoccupations sur la société, notamment l’aveuglement à ignorer les signes avant-coureurs des crises. Une double lecture – comme celle du néon Psychic* accroché à l’extérieur de la galerie – qui traduit la part « voyante » de l’artiste dans son exploration de la psyché du monde.

*A  psychic, en anglais signifie une voyante.

 

Par Marie Gayet


Infos :

Bianca Bondi, Gradually, then Suddenly

Galerie 22,48m2

30 rue des Envierges Paris 20è

du 10 janvier au 24 février