Art Paris 2020. Une édition de la résistance

Par Gilles Kraemer28 juillet 2020In Articles, Expositions, 2020

 

La 22e édition d’Art Paris 2020 qui devait se tenir du 4 au 7 avril, a été reportée du 28 au 31 mai pour cause de pandémie du Covid-19, puis du 7 au 20 avril 2021. L’opportunité du Grand Palais se libérant début septembre – La Biennale [des antiquaires] ayant préféré remettre son édition à septembre 2021 -, Art Paris y revient, du 10 au 13 septembre.

Rencontre avec Guillaume Piens, directeur artistique d’Art Paris.

 

Comment avez-vous vécu cette crise du Covid-19, ce temps suspendu, ces 55 journées de confinement ?

Nous sommes tous passés par cet instant de gravité, celui de la pandémie mondiale. D’abord une phase de sidération en entrant dans l’inconnu. Il était compliqué d’arrêter quelque chose en cours, Art Paris demandant une année de travail pour notre équipe de 12 salariés. Comme un avion en phase de décollage et se trouve obligé d’atterrir d’urgence. Des interrogations autour des questions de remboursement des galeristes et comment ? Le soutien de la Banque Publique d’Investissement qui nous a accordé un prêt le 25 mai ainsi que le remboursement du loyer du Grand Palais nous a permis de redresser la situation. Il fallait s’accrocher et ne pas perdre espoir.

 

Et, maintenant, cette nouvelle date de septembre 2020 ?

Cette opportunité s’est présentée avec le report de La Biennale [des antiquaires]. Le Grand Palais se libérant en ce début septembre, nous avons saisi cette possibilité de renaissance. Nous serons le premier rendez-vous européen du calendrier ; Art Basel qui avait été décalée de juin à septembre en raison de l’épidémie de Covid-19, n’aura pas lieu cette année. Ainsi que Frieze Art Fair et Frieze Master.

C’est un coup de poker pour une dynamique positive. C’est maintenant, plus que jamais, que les galeries doivent travailler et rencontrer les collectionneurs. C’est important également pour les artistes. Art Paris a l’avantage d’être une foire avant tout locale et régionale avec une grande majorité de galeries françaises et un public qui vient à 75 % de l’Île-de-France et des régions de l’hexagone.

 

Comment se déroulera cette foire ?

112 galeries seront présentes, dont 23 étrangères. La Corée, le Canada, la Côte d’Ivoire et le Pérou pour les pays les plus éloignés seront là, avec l’Allemagne, l’Autriche, la Belgique, la Bulgarie, l’Espagne, la Grèce, l’Italie, les Pays-Bas, le Portugal, la Suisse. Parmi les galeries françaises, Perrotin nous rejoint.

Le plan de la foire ainsi que les horaires ont été revus pour nous adapter aux nouvelles normes sanitaires : la jauge à l’instant T a été abaissée à 3 000 personnes sous la verrière, les allées seront élargies, le vernissage du 9 septembre a été écourté et étalé sur cinq jours, en matinée, du 10 au 13 septembre. Ce n’est pas plus mal ! La rencontre avec les artistes et la discussion avec les galéristes seront plus agréables. Le parcours VIP se déroulera dans une vingtaine d’institutions dont le Centre Georges Pompidou, le Palais de Tokyo, le Musée Maillol, la Fondation Cartier.

 

Plus que jamais, le temps présent est celui de l’inquiétude dans le questionnement de la disparition ou du resurgissement de cette pandémie. Comment envisager un avenir à quelques mois, une projection plus lointaine apparaissant difficile ?

Les circonstances sont compliquées, le monde est dans le chaos. Dans toutes ces interrogations, il faut rester positif, surtout ne pas être négatif. De toute façon, il nous faudra apprendre à vivre avec le virus et l’apprivoiser. Il est important que les foires continuent à exister. Vendre c’est, rappelons le, faire vivre les artistes, les rencontrer. Les ventes aux enchères ne peuvent pas être un moyen permanent d’acquisition.

 

L’organisation de foires internationales comme on l’a connue avec, au cours des années une inflation de manifestations, va-t-elle perdurer de la même façon ?

Nous entrons dans une période de diète avec moins d’événements mais, faire moins n’est-ce pas faire mieux ? Ce temps est intéressant, nous serons moins dans le gadget, nous entrons dans une réflexion en profondeur. Nous étions trop dans la dispersion et des ancrages parfois superficiels. Le moment est celui de la reconstruction sur des bases différentes.

La 58ème Biennale de l’art de Venise fut un moment fort, comme les prémices d’une catastrophe avec ce titre interpellant May you live in interesting times choisi par Ralph Rugoff, le commissaire de l’exposition internationale aux Giardini et à l’Arsenale.

 

[NDR. May you live in interesting times, en somme, explore le monde dans lequel l’œuvre d’art soulève des questions sur la façon dont nous traçons les frontières et les frontières culturelles. Il présente des travaux qui éclairent de différentes manières le concept, articulé par Léonard de Vinci et Lénine, que tout est connecté (ogni cosa è connessa) écrivait Ralph Rugoff dans son propos introducteur de cette manifestation vénitienne.].

 

La crise va induire des difficultés ou des remises en cause des déplacements aériens vers ou depuis les continents américain, africain ou asiatique ?  

Oui, les foires vont subir l’impact des transports aériens. Le renchérissement du transport va entrer en ligne de compte dans le budget des galeries.

 

Internet, les nouveaux moyens de circulation de l’information, comme nous les avons utilisés pendant ces jours de confinement et maintenant, ne vont-ils pas devenir, au moins en partie, et pour plusieurs mois, le mode de diffusion et de transaction de l’art ? Pouvez-vous nous en dire plus sur les deux initiatives que vous avez lancées Art Paris by Artsy et Art Paris LIVE ?

Les retours de la plateforme Art Paris by Artsy, très internationale, furent très positifs de la part des galeries ; des ventes se sont concrétisées jusqu’à 15 000 €. Art Paris LIVE a privilégié la virtualité des stands mis en condition comme s’ils se trouvaient sous la coupole. Les retours ? Très positifs eux-aussi, des ventes de 3 000 € en moyenne et jusqu’à 10 000 €. De nouveaux acheteurs se sont manifestés, le nombre de connections a triplé. En ce qui concerne l’achat via Internet, il est vrai qu’il est difficile de se prononcer lorsque l’on n’a pas vu l’œuvre, d’autant plus si l’on ne connaît pas la pratique de l’artiste. C’est un moyen d’information mais une expérience nécessaire qui va se sophistiquer de plus en plus grâce à l’évolution des outils numériques.

 

L’édition d’avril 2020 devait réunir 150 galeries. Qu’en est-il aujourd’hui ?

112 galeries seront présentes, 15 pays au lieu de 20. Depuis 2018, Art Paris défend la scène française, ce qui n’empêche pas le regard vers d’autres géographies. Gaël Charbau autour des notions de récit, d’histoires singulières et universelles, pour Un regard subjectif et critique sur la scène française, a retenu 20 artistes tandis que le fil rouge de cette année, orchestré par Carolina Grau, met l’accent sur la péninsule ibérique avec des galeries espagnoles et lusitaniennes, françaises aussi – Claude Bernard, Nathalie Obadia ou Jeanne Bucher Jaeger -. Solo Show privilégie une dizaine d’expositions monographiques dont celle de Roger Ballen chez Caroline Smulders et Karsten Greve. Promesses, le secteur de la création émergente, soutient 14 jeunes galeries de moins de six ans d’existence.

 

Signe fort, les galeristes Emmanuel Perrotin et Taddaeus Ropac accueillent cet été 2020, dans leurs espaces parisien ou de proche banlieue des galeries françaises. Cette solidarité, à l’égard des jeunes galeries, Art Paris l’a également fait sienne. Qu’est ce fonds de solidarité que vous lancez à leur égard ?

Nous avons décidé d’aider encore plus les galeries du secteur Promesses. Chaque année, nous prenions en charge 45 % du prix de leur stand ; cette situation est inchangée cette année. À ceci, s’ajoute un fonds de dotation alimenté par la billetterie d’Art Paris. En comparaison de la billetterie de l’année passée – 150 000 € -, mais, il est difficile de prévoir maintenant, nous pensons que chaque galerie pourrait recevoir entre 4 et 6 000 €.

 

Une résistance pour la place de l’art, une résistance de la place de Paris, une résistance des galeries et des artistes, voici les maîtres mots qui sont ceux d’Art Paris 2020.

 


Infos pratiques:

ART PARIS au Grand Palais

Vernissage professionnel 9 septembre

Pré-ouverture professionnelle du 10 au 13 septembre de 10h à 12h,

Ouverture au public du jeudi 10 au dimanche 13 septembre

www.artparis.com