Art Paris « s’éclate » au Grand Palais

Par Gilles Kraemer1 avril 2025In Articles, 2025, Revue#34

 

Grâce à son retour au Grand Palais, Art Paris, événement de l’art moderne et contemporain, renforce son identité et ses ambitions. Entretiens avec Guillaume Piens, commissaire général et Marc Donnadieu, commissaire du secteur Promesses.

 

Gilles Kraemer : Cette 27e édition se place sous le qualificatif : Retour en force. Qu’en est-il ?

Guillaume Piens : Force par ses 170 exposants de 25 pays. 34 exposants de plus et 36 nouvelles participations. Force de la beauté du Grand Palais rénové en plein cœur de Paris. Enfin, force d’une programmation ambitieuse, de plateformes thématiques, d’expositions et de deux prix. C’est beaucoup plus que l’an passé.

GK : Pouvez-vous nous en dire plus sur ces prix ?

GP : Initié en 2024, le Prix BNP Paribas Banque Privée Un regard sur la scène française, dotation de 40 000 euros, récompense, sans distinction d’âge, le parcours ou la carrière d’un des 30 artistes de la sélection des commissaires Amélie Adamo et Numa Hambursin dans leur focus Immortelle : un regard sur la peinture figurative en France : de Ronan Barrot – Claude Bernard à Gaëtan Valguelsy – Polaris, La Figuration libre de Robert Combas – Strouk gallery à Agnès Thurnauer – Michel Rein, dans cette élasticité du médium de l’ancien vers le présent.
Le prix Her Art, initié par le magazine Marie Claire, en partenariat avec la Maison Boucheron, dotation de 30 000 euros, renforce la visibilité de 12 artistes femmes au parcours singulier. De Mathilde Rosier – Pauline Pavec à Oda Jaune – Templon, de Sama Alshaibi – Galerie Esther Woerdehoff à Mari Katayama – Galerie Suzanne Tarasieve, de puissantes et fortes œuvres !

GK : L’an passé, une thématique fut celle d’Art & Craft. Lui succède French design art edition.

GP : Consacré au design et aux arts décoratifs, ce nouveau secteur accueille 18 exposants sur les balcons Nord de la nef du Palais, présentant une sélection d’objets « ambigus » au croisement de l’art et du design. Du Tabouret bilboquet de Maxime d’Angeac au paravent laqué de Reda Amalou, les designers s’affranchissent de la fonction.
Dans cette poursuite du questionnement entre art et artisanat, dans l’espace du promenoir Sud, Le chuchotement des mains explore le mécénat de 10 années de création artistique – programme équinoxes – que la maison de Haute maroquinerie Camille Fournet développe avec Lucien Murat, Recycle Group ou Fabrice Hyber.

GK : Quels sont les deux autres focus explorant le dynamisme d’Art Paris ?

GP : Hors limite, choix de Simon Lamunière de 18 artistes internationaux, aborde le métissage, les enrichissements des allers et retours, le ici et l’ailleurs. Du récit familial du béninois Ishola Akpo – Sabrina Amrani à Mohammad Alfaraj – Mennour, de la mozambicaine Bertina Lopes – Richard Saltoun au chinois Zhao Zhao – Tang Contemporary Art.
Dans ses différences de 26 propositions, Solo show propose des expositions monographiques. Du 9ème art, Enki Bilal – Galerie Barbier – aux peintures de l’australienne Clara Adolphs – Chalk Horse ou aux rêveries de Katia Bourdarel – Galerie Renard Hacker.

GK : Ouvreur d’autres approches, deux expositions différentes marquent la diversité prônée par Art Paris, le regard qui explore et déchiffre notre époque.

GP : Premier partenariat avec la Ville de Paris par la présentation d’une vingtaine d’artistes de son Fonds d’art contemporain – Paris Collection. Le fil rouge est celui de la figuration, d’Hélène Dufau (1869-1937) à Pierre-Paul Montagnac (1883-1961), de Damien Deroubaix (1972) à Nina Childress (1961).
Sarah Brahim et Ugo Schiavi présentent NEUMA, The Forgotten Ceremony, installation marquant l’aboutissement de leur participation au programme de résidence de la Villa Hegra, institution culturelle entre l’Arabie saoudite et la France.

GK : Marc Donnadieu, après l’exploration de la thématique Art & Engagement en 2023, vous êtes commissaire de celle de Promesses, dédiée à 26 galeries de moins de 10 ans et à la création émergente. Comment ont-elles été sélectionnées et de quelle manière êtes-vous intervenu pour établir un parcours ?

Marc Donnadieu : Situé sur les balcons Sud, Promesses présente 26 galeries. Dans « l’esprit Art Paris », tel un « coach » ou une « nounou », je les accompagne autour de leur positionnement et de leur succès. Une sorte de compagnonnage jusqu’aux derniers moments de la foire.
Guillaume Piens, Gisèle Bustos qui est chargée des relations avec les exposants, et moi-même avons listé, à travers un travail de prospection en France et à l’étranger, des galeries susceptibles d’intégrer ce secteur. Des candidatures spontanées ont été retenues et d’autres reviennent tel le bruxellois Felix Frachon. Après ce choix, le Comité de sélection de la foire confirme et valide ces propositions. 17 galeries viennent pour la première fois, 9 acceptent le pari d’un seul artiste, tels EDJI Gallery avec Killion Huang autour des codes LGBTQIA+, ou La peau de l’ours avec Yoann Estevenin qui joue de l’étrangeté et de l’inquiétude. 15 galeries étrangères de 11 pays. 10 françaises dont Panis à Rouen, la seule hors Île-de-France, n’ayant qu’à peine un an d’existence, avec Olivier Kosta-Théfaine, David Roth et Sosthène Baran ! 7 galeries n’exposent que des femmes. Sur 52 artistes présentés, 27 sont des hommes, 25 des femmes.
Nous avons imaginé le positionnement des emplacements à travers un rythme de parcours, des rebonds du regard, des échos entre les propositions. De la Haute Couture. C’est cela, aussi, la signature d’Art Paris, celle d’un scénario à la carte et aux multiples entrées, auquel je suis très attaché, même si, in fine, c’est le public qui a le dernier mot dans son choix de visite.

GK : Quels sont les thèmes retenus ?

MD : Figuration, identité, migration, écologie. Une prise de conscience de notre monde et une présence importante de la peinture figurative, y compris à travers une relecture du classicisme.

GK : Venons-en aux galeries dont C+N Gallery Canepaneri présentant Gillian Brett, lauréate du Prix Villa Noailles des Révélations Emerige 2022 et du Prix Dauphine pour l’art contemporain 2016. Elle est également dans les secteurs Hors limite et Solo show !

MD : Oui, une artiste formidable qui revisite l’idée d’environnements post-naturels, y compris à partir de composants électroniques revivifiés. Valérie Delaunay revient avec Barbara Navi et Sergio Morabito qui jouent de la mythologique et de ses représentations. Pour sa première venue, Echo 119 présente Rieko Koga, Sakiko Nomura et Maryam Khosrovani, et la Galerie Idéale les expressions contrastées d’Edgardo Navarro, de Mengzhi Zheng et de Mona Cara. Chez Hunna Art du Koweit des langages autour de la radicalité et de la contre-culture, en particulier Nour Elbasuni et sa déconstruction de la masculinité. À la Galería Rebelde de Guatemala City la proposition inédite autour du voyage et du paysage de Luciano Goizueta. Et, à Salon H, le rébus visuel coloré de Felipe Rezende qui mixe figuration narrative, pop art et bande dessinée.

 

 

 

Infos pratiques

Art Paris
Du 3 au 6 avril 2025
Grand Palais Paris