Premier acte du Théâtre des Expositions au Palais des Beaux-Arts

Par Iris Baus Lagarde5 avril 2021In Articles, 2021

 

Premier acte du Théâtre des Expositions au Palais des Beaux-Arts

Le Théâtre de Expositions, qui a débuté le 3 mars dernier au Palais des Beaux-Arts, présente une succession d’expositions jusqu’en janvier 2022, fruit du travail des deux premières promotions de la filière « Artistes & Métiers de l’Exposition » proposée par l’ENSBA.

Reportées un an après leur programmation originale du fait du contexte sanitaire, les cinq expositions de ce premier acte témoignent d’une diversité réjouissante des partis pris par les artistes-commissaires, aussi bien dans les thèmes que dans la mise en espace des œuvres.

 

Au rez-de-chaussée, la première exposition tire son titre du film expérimental Eaux d’artifice de Kenneth Anger réalisé en 1953. Véritable plongée dans le thème de l’eau transformée en ornement, les commissaires Alexandre Leducq et Victoire Mangez proposent de suivre le flux de leurs pensées au fil des pièces sélectionnées dans la collection des Beaux-Arts. Dans une ambiance tamisée, conservation des œuvres sur papier oblige, c’est au milieu de la salle que se déploie le dessin à quatre mains de Victoire Mangez et Juliette Green, diplômée 2020 de l’ENSBA. Lisible recto-verso, cette pièce invite à suivre les aventures de deux personnages au milieu de fontaines imaginaires, en écho à la silhouette déambulant parmi les fontaines versaillaises dans le film projeté au fond de la salle.

 

Dans l’espace de droite, À la recherche de toujours présente, grâce à un accrochage foisonnant, toute la richesse de l’imaginaire médiéval prenant place sur un sol vert rappelant celui des terrains de jeux. C’est à travers une variété de médiums et de disciplines – de la peinture traditionnelle à la pochette de CD, en passant par la tapisserie, la sculpture et la maquette de jeu vidéo – que l’artiste-commissaire César Kaci a sélectionné les œuvres d’étudiants et d’artistes invités, dont l’imagier se déploie jusque dans un gift shop à la librairie du Palais des Beaux-Arts. Figures du chevalier, château fort tantôt ombre tantôt décor, cathédrale de plâtre ou encore retables revisités, le Moyen Âge semble être un excellent moyen de repenser le monde contemporain.

 

Dans le prolongement de la salle, Esteban Neveu Ponce a conçu Des feux comme des Aurores, où les œuvres, de plâtre comme d’acier, de céramique comme de papier, peintures ou vidéo, se répondent et répandent le flux dont elles sont issues au-delà de leurs formes physiques. L’onde qui accueille le visiteur au seuil de la salle se transforme aussi bien en photographie qu’en dessin et en volume. D’une œuvre à l’autre, le regard s’engouffre dans les plis et les creux, les formes et les matières.

 

Les questionnements sur ce qui anime la création se retrouvent à l’étage dans Mon chien mon avenir, réalisée par Marie Grihon. Selon la volonté de la commissaire, le chien incarne la pratique artistique qui suit, fidèle, l’artiste dans ses recherches, ses doutes et ses découvertes. Traces de performance, poésies, dessins, peintures et assemblages s’hybrident sur les cimaises et dans l’espace comme les idées en atelier.

 

Enfin, de l’autre côté Alice Narcy fédère dans Abes Fabes Kartoflyabes  des vidéos et photographies autour de la définition du paysage. Donnant son titre à l’exposition, la formule magique issue de la mythologie nordique nous transforme en héros de conte suédois, survolant les multiples échelles du paysage dans un espace d’exposition traité comme une image. Les différents points de vue sont ainsi mis en valeur par la diversité des techniques utilisées, de la chambre claire au numérique, en passant par le cyanotype. Qu’il soit perçu à hauteur de dinde, depuis le sol ou le ciel, en gros ou large plan, qu’il soit figuratif ou abstrait, romantique ou documentaire, décor ou maquette, le paysage mis en images est aussi un indicateur culturel et patrimonial à observer.

 

Les thèmes et accrochages de ces cinq expositions inaugurales attirent ainsi notre attention sur les sens et l’esthétique de la fête, engagent à réfléchir sur notre époque grâce à l’imaginaire de temps révolus et nous informent sur les préoccupations des artistes dans leurs processus créatifs.

À travers la pratique conjointe d’artiste et de commissaire, ce premier acte du Théâtre des Expositions rappelle avec enthousiasme que l’exposition est un laboratoire de création nécessaire à la construction d’un discours. Dans ce « Théâtre », le rythme des propositions s’affranchit ainsi des pauses. Expérimenter le flux ininterrompu de ces multiples formes est essentiel.

 

Infos :

Deuxième acte à découvrir sur rendez-vous :

A partir du 14 avril :

« Tout me trouble à la surface » et « Une moraine d’objets » jusqu’au 16 mai

« Le temps est détraqué », jusqu’au 23 mai

« Jardin secret », jusqu’au 29 mai

Du 7 au 23 mai : « Time Capsule »

Les 28 et 29 mai : « Ouverture »

Programme détaillé sur www.beauxartsparis.fr/fr/exposition-simple/le-theatre-des-expositions.