UJAMAA de Kapwani Kiwanga

Kapwani Kiwanga, originaire de Tanzanie, est née au Canada en 1978 et vit à Paris. Diplômée universitaire d’anthropologie, de religions comparées et d’arts visuels, son travail est régulièrement présenté, comme cette année à EVA International (Irlande) et à l’Armory Show de New York.

Ses installations entre art et sciences, interrogent des notions comme le Panafricanisme, l’Anticolonialisme et notre capacité à croire en diverses formes de Résistance. Sa méthode consiste à créer des systèmes anachroniques et des protocoles à travers lesquels elle observe les cultures et leurs capacités de mutation.

Elle révéle ainsi les liens entre des mondes différents pour tendre vers une vie plus libre et plus solidaire.

Son exposition à la Ferme du Buisson investit les sept espaces du Centre d’art.

Kapwani Kiwanga s’intéresse au laboratoire politique et social mis en place en 1967 par le Président Julius K Nyerere. Pour concrétiser l’idéal d’une utopie humaniste et panafricaine, il propose un programme d’actions fondé sur l’entraide et la coopération. Les trois installations vidéo « Uhuru », « Vumbi » et « Ujamaa » dans les étages parlent de la relation que l’homme entretient avec la nature, du travail collectif de la terre, avec comme accompagnement des dépliants dont les textes évoquent des notions comme égoïsme, solidarité,….

En entrant le spectateur aperçoit d’abord de loin une cascade monumentale en sisal dont le titreévoque la valeur de ces fibres végétales, entre autres cultivées en Tanzanie : White gold, or blanc. En s’approchant on constate que ce sont deux murs concaves et mous comme de rustiques rideaux opaques qui forment un espace ou couloir dans lequel on peut s’isoler ou se promener.

Dans les espaces à droite et à gauche de cette sculpture surprenante, sont montrés des installations multi matériaux, qui évoquent la thématique d’un vivre ensemble plus libre et plus solidaire.

« Kinjiketile Suite », dont le titre est emprunté à une pièce du dramaturge tanzanéen Ebrahim N. Hussein, peut être considéré comme un hommage, une ode à la vie.

Les constructions en bois hébergent soit des projections, soit de courts films en boucle, des vêtements, des cartes, des petits livres explicatifs… . Polyvalents et polysémiques, à la fois toile et texte, paravents et stratégies de déploiement… ces éléments d’architecture laissent la place au vide et présentent des espaces qui peuvent accueillir des performances ponctuelles, tout en étant des maquettes de structures sociales ouvertes et transformables.

Une des recherches faisant partie de cette suite se situe autour des pouvoirs magiques prêtés aux plantes, dans des situations de résistance politique et sociale.

L’artiste se réfère au soulèvement historique des Maji-Maji du début du 20e siècle contre le colonisateur allemand de l’Afrique de l’Est, ainsi qu’à sa version télévisuelle de 1998. Selon les transmissions orales, la rébellion de l’époque était alimentée par les prophéties d’un médium spirituel appelé Kinjiketile, sous forme de croyance en une eau de vie sacrée, rendant invincible celui qui en consommait.

L’installation « Nursery » de l’Entrée montre des plantes médicinales en pot venant du monde entier : achillée, angélique belladone… Une hôtesse présente de manière toute poétique et avec humour l’origine ainsi que les qualités symboliques et médicinales de ces végétaux. Les tables – contenants en bois fabriqués sur mesure pour les pots, offrent parfois des compartiments vides : allusion aux espèces disparues ?

C’est avec amour, grand talent et délicatesse que Kapwani Kiwanga nous entraîne dans un voyage au sein de systèmes esthétiques et sociaux en devenir.

 

Par Marie-Paule Feiereisen


Infos :

Centre d’art contemporain de la Ferme du Buisson

Allée de la Ferme, Noisiel (77)

jusqu’au 9 octobre