Soo Kyoung Lee - françois pourtaud

Ces deux expositions, très différentes, vont se succéder à l’Espace d’art Camille Lambert, au sein duquel Morgane Prigent conduit une programmation ouverte et exigeante.

La peinture de Soo Kyoung Lee se trace sur la couleur. D’un geste net, maîtrisé, qui se pose à la surface de la toile. Des aplats et des réseaux de lignes s’inscrivent sur les fonds monochromes de ses toiles, dans des couleurs très contrastées. Les lignes semblent contenir, cerner ou tailler un espace vacant – un abîme, un trou, un pansement ? – une surface d’une qualité inconnue qui serait comme absente de la peinture, ou en deçà : une masse noduleuse, compacte, refermée sur elle-même.

Les tracés qui s’y inscrivent en deviennent parfois les nervures, labyrinthiques – veines d’une absence de corps ? – quand ils découpent sur la couleur, recouvrant souvent un autre trait, en léger décalage, suffisant pour qu’on perçoive la couleur « d’avant ».

Elle dit : « L’abstraction pour moi est le lieu universel, dénué d’image, de représentation et sans la moindre interprétation ».

Mi-organiques, mi-cliniques, les motifs ressemblent à des noyaux irréels, dans des espaces résolument abstraits. Tantôt ils se « calent » dans l’espace du tableau, tantôt ils le percent et s’y suspendent, figés dans une fixité sans air, sans mouvement, sans le moindre tremblement : produisant une espèce d’apnée. Les formes s’enchevêtrent ou se chevauchent par recouvrements successifs, comme des collages : surfaces plaquées sur d’autres surfaces, dans un refus de la profondeur. Elles ont presque la puissance visuelle d’un logo, une puissance décorative qui affirme l’absence de volonté narrative, de représentation, de lyrisme.

« Ce qui travaille mon tableau et que je travaille est le fait de savoir comment se forme une présence sur une surface.» (Entretien avec Alain Coulange, Juillet 2013)

« Comment montrer l’absence avec la fragilité du temps ? » se demande François Pourtaud, qui réapparaît à l’Espace d’art contemporain Camille Lambert, en y dévoilant sa face d’artiste, alors qu’il en a été le directeur de 1987 à 2014.

François Pourtaud a toujours été fasciné par des cultures lointaines, anciennes et contemporaines : différentes traditions, extra-européennes, et plus particulièrement asiatiques – tibétaines et indiennes. Vagabondant entre ces cultures pour aller leur poser ses questions sur le réel, la mémoire et la symbolique des lieux, se penchant sur le quotidien et les rituels, occupé également par les questions des restes du colonialisme.

Pour cette exposition, l’artiste propose un ensemble de pièces lumineuses qui nous plongent dans des atmosphères énigmatiques : plus que des « pièces », ce sont des lieux que François Pourtaud crée, habités par ses installations, ses ambiances jouant avec l’obscurité, qui nous emmènent vers des évocations de rituels, nous embarquent dans des histoires qui nous échappent, des croyances, hors du temps. Rêves éveillés ? Sa démarche est empreinte de syncrétisme, sans être religieuse. Le rite, envisagé dans sa dimension festive et collective, est au cœur de son travail. « Comme si je croyais en quelque chose », dit-il.

Il présente aussi des sculptures totems, bâtons de conteur revisités : fétiches, stèles, dieux païens ? Présences-absences, mémoires intuitives.

Dans sa pratique de création comme dans celle de programmation – qu’il exerce désormais au sein de l’espace FL qu’il a initié en Normandie avec Lilianne Petraru – il travaille sur la fusion des genres et des cultures, des origines et des formes. Il explore ce qui échappe, avec des œuvres qui semblent parfois appartenir à un passé venu revisiter, nourrir, et inquiéter notre présent.

 

Par Claire Colin-Collin


Infos :

Ecole et Espace d’art contemporain Camille Lambert

35 avenue de la Terrasse

91260 Juvisy-sur-Orge – Tél: 01 69 57 82 51