Montpellier Contemporain

nouvelle « Californie culturelle » ?

Fin 2015, Nicolas Bourriaud était nommé à la direction artistique de La Panacée et prenait en charge la préfiguration du futur Centre d’Art Contemporain de Montpellier. Prenant la suite de Franck Bauchard, le théoricien de l’esthétique relationnelle inaugurait son commissariat à la Panacée en 2017 avec une exposition sur le minimalisme fantastique, intitulée Retour sur Mulholland Drive. Le renouveau de l’art contemporain à Montpellier provenait d’une impulsion de Philippe Saurel, élu maire en 2014, qui avait alors décidé de réorienter l’Hôtel Montcalm en espace d’art contemporain à la place du Musée de l‘histoire de la France en Algérie initialement prévu. À l’époque, ce choix avait fait couler beaucoup d’encre. 

Ouverture du MoCo Hôtel des Collections

Nous voilà arrivés au début de cette aventure contemporaine, puisque le 29 juin 2019, aura lieu l’ouverture de l’entité principale du MoCo, l’Hôtel des Collections. Nicolas Bourriaud, co-fondateur du Palais de Tokyo puis directeur de l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris, a été désigné à la tête du MoCo – Montpellier Contemporain – en janvier 2018 pour trois ans. Il nous explique avoir reçu la double mission de « créer une institution innovante et de construire un parcours dans la ville ». Le MoCo est une institution multisite, puisqu’elle regroupe La Panacée – nouvellement centrée sur la création émergente -, l’École Supérieure des Beaux-Arts de Montpellier et l’Hôtel Montcalm. L’innovation est de « recouper toute la chaîne de l’art, de la formation à la collection, en passant par l’exposition » soulève son directeur. Pour cela, il s’est entouré d’une équipe curatoriale « multi-tâches » en passant par Vincent Honoré, nouveau directeur des expositions et ancien curateur à la Hayward Gallery de Londres, à la Tate et à la DRAF*.

Après une rénovation totale menée par l’architecte Philippe Chiambaretta et son agence PCA-Stream, l’Hôtel des Collections sera bientôt le nouveau lieu branché de la ville. Bertrand Lavier a imaginé un jardin-atlas, composé d’espèces végétales du monde entier. Le bâtiment réhabilité accueillera de nombreuses interventions artistiques dont en premier lieu, l’œuvre lumineuse de Loris Gréaud, intitulée The Unplayed Notes Factory, réactivée dans l’espace restaurant-bar. La programmation de la librairie et la carte du restaurant évolueront au gré des expositions, et la Cour des fêtes de 640 m² située à l’arrière du bâtiment pourra être aménagée pour accueillir des évènements publics ou privés. 

L’exposition inaugurale de la Collection Ishikawa

La première collection à inaugurer les 1500m² d’espace d’exposition sera celle de l’entrepreneur japonais Yasuharu Ishikawa, initiée en 2011. La directrice artistique du Musée d’Art contemporain de Tokyo, Yuko Hasegawa, en assurera le commissariat d’exposition en proposant une sélection de 50 œuvres muséales (sculptures, vidéos, installations, photographies) d’environ 20 artistes internationaux tels que On Kawara, Felix Gonzalez-Torres, Pierre Huyghe ou encore Simon Fujiwara. Pour la seconde exposition, prévue pour octobre prochain, le directeur du MoCo souhaite révéler la collection publique russe constituée dans les années 90 pour un musée n’ayant jamais vu le jour et « réparer ainsi cette injustice ».

Si Nicolas Bourriaud affirme vouloir faire de Montpellier « la contre-scène culturelle française vis-à-vis de Paris », à l’instar de Los Angeles et New-York, c’est surtout pour assurer « une polarisation culturelle ». Créer une « Californie mentale et culturelle qui irait de Marseille à Montpellier, en passant par Sète » qui permettrait d’éviter l’anémie culturelle que provoque « l’extrême centralisation jacobine » et ainsi imposer une véritable alternative à Paris. La capitale étant en train de devenir « un showroom de luxe, inaccessible aux créateurs » selon lui.  

 

« 100 artistes dans la ville »

Il rend ici hommage à l’exposition organisée en 1970 dans les rues de Montpellier par quatre artistes originaires de cette ville -Tjeerd Alkema, Jean Azemard, Vincent Bioulès, Alain Clément – et issus du mouvement Support/Surface, en proposant sa version de la ZAT (Zone Artistique Temporaire) pour montrer que « l’art est un facteur du développement de la cité ». Des artistes locaux et internationaux comme Neïl Beloufa, Pascale Marthine Tayou, Mona Hatoum, Lili Reynaud-Dewar, Gloria Friedmann, Braco Dimitrijevic ou encore Abdelkader Benchamma investiront différents lieux culturels et historiques, allant de la gare à l’École des Beaux-Arts, en passant par Sète. Cette « exposition sans commissaire » a assuré sa diversité par la présence d’un comité artistique composé du Centre Chorégraphique National, du Musée Fabre, du FRAC Occitanie et du réseau Mécènes du Sud. 

En parallèle, La Panacée accueillera près de 80 artistes internationaux pour l’exposition « La Rue où le monde se crée », sous le commissariat de Hou Hanru, en partenariat avec le MAXXI à Rome. Une manière pour Nicolas Bourriaud de renverser la démarche de la ZAT en montrant « tout ce que les artistes réalisent dans la rue » et en exposant « à l’intérieur, l’image de l’extérieur ». Une sorte d’ode à l’art urbain, dans toutes ses composantes. Une façon de s’éloigner du sens que les français accordent au « street art » renvoyant à « une esthétique beaucoup plus fermée sur elle-même ». 

Il semble que les craintes formulées à propos du projet MoCo soient en train de s’estomper, car « les galeries d’art contemporain bénéficient déjà des retombées positives », affirme Christian Laune, directeur de la galerie historique chantiersBoîteNoire. Les galeries de la ville seront d’ailleurs mises en lumière, dans un parcours « off » de la ZAT, et géolocalisées grâce à une application. Les acteurs locaux seront également mobilisés début septembre pour un salon du dessin contemporain nouvelle formule et renommé BOOM. 

Les étudiants des Beaux-Arts ne sont pas en reste puisque – depuis 2017 – la volonté de Nicolas Bourriaud est de « créer une véritable batterie de débouchés pour propulser les diplômés sur la scène artistique et montrer qu’il est inutile de s’installer à Paris ou Berlin pour faire carrière ». Cette volonté est matérialisée par la création d’un post-diplôme intitulé « Saison 6 » en lien avec le réseau des biennales internationales, une résidence croisée à La Fonderie Darling de Montréal et le programme Post-Production développé avec le Château Capion à Aniane. 

Le directeur du MoCo souhaite résolument provoquer « le désir de s’ancrer dans le sud », inséparable de son projet de « Californie culturelle ». 

*DRAF David Robert Art Foundation

Par Clara Mure


Infos :

Coming full Circle, Fondation Verbeke

Westakker, 9190 Kemzeke, Belgique

(Entre Gand et Anvers, à 100 km de Lille)

jusqu’au 27 octobre