Lumière de l’aube : voyage dans l’univers de Yoko ono

Par Veronique Terme26 septembre 2016In Articles, 2016, Revue #13

Le Musée d’Art Contemporain (MAC) de Lyon, organise la première grande rétrospective en France de Yoko Ono, artiste plasticienne, musicienne, vidéaste.

L’exposition Lumière de l’aube présente plus de cent œuvres réalisées par l’artiste, de 1952 jusqu’à ses installations les plus récentes. Un parcours singulier, participatif et sonore.

Les 3 000 m2 du MAC sont dédiés à Yoko Ono, artiste pluridisciplinaire et protéiforme, qui a exercé une influence majeure dans l’invention de l’art conceptuel et qui a participé à l’un des courants artistiques les plus importants du 20ème siècle : Fluxus, mouvement qui renverse les barrières entre art et vie. Thierry Raspail, directeur du MAC, précise : « En un peu moins de sept ans, de 1955 à 1962, entre New York et Tokyo, Yoko Ono donne aux arts visuels une amplitude jusque-là inconnue. En faisant l’exercice de leur plasticité jusqu’à l’invisible, jusqu’au cri, au corps, en revendiquant le présent, l’inachevé et en invitant quiconque à s’associer, faire et interpréter ses partitions, c’est une nouvelle histoire de l’art qu’elle écrit. »

L’œuvre de cette artiste, née en 1933 au Japon, bouleverse les arts visuels en mélangeant l’ensemble des territoires de création (son, texte, performance…) et en s’adressant directement au public et à son imaginaire.

Instructions painting

Dès les années 1960, lors de performances et de concerts, qu’elle organise dans son loft New-Yorkais, Yoko Ono réalise ses premières peintures instructions (moke Paintings, Painting to Be Stepped On…). Une indication que l’artiste donne au visiteur l’incitant à agir. Ce haut lieu de l’avant-garde américaine est fréquenté par George Maciunas, fondateur de Fluxus qui s’occupe de promouvoir son travail et John Cage, père de la musique expérimentale. En 1964, plus de 150 instructions conceptuelles sont réunies dans son livre Grapefruit. Pour Yoko Ono, l’œuvre d’art ne doit pas être figée. Autant d’instructions données et autant d’infinies possibilités tant physiques que mentales. Cette approche qui donne un rôle important au spectateur est nouvelle dans le monde de l’art.

Au MAC, le public est invité à participer ou expérimenter les œuvres : on plante des clous dans une table, on joue aux échecs, on recolle des morceaux de vaisselles cassées, on se perd dans un labyrinthe, avec le Ceiling Painting, on monte sur un escabeau pour lire à l’aide d’une loupe le mot « yes »… avec une bande son de musique alternative conçue à partir de sa voix.

Engagement intellectuel

Yoko Ono, pionnière de l’art conceptuel, s’inscrit dans des courants de pensée comme le féminisme. Le MAC présente en vidéo « Cut Piece » (1965), l’une de ses célèbres performances, réalisée au Carnegie Recital Hall. Assise sur le sol, à la japonaise, l’artiste invite le spectateur à découper avec une paire de ciseaux et à emporter des morceaux de ses vêtements, jusqu’à ce qu’elle se retrouve quasi nue. Son corps, œuvre d’art, met en lumière les violences faites aux femmes.

Yoko Ono, qui a fui les bombardements pendant son enfance, est aussi une artiste pacifiste et elle invente en 1969, avec John Lennon son mari, le Bed-in. Pendant des heures, en pyjama blanc, depuis leur lit ils discutent de la politique et prônent la paix. Ils utilisent leur notoriété et les médias pour faire passer des messages contre la guerre du Vietnam : »WAR IS OVER ! (if you want it) ». Aujourd’hui elle poursuit ses messages de paix en utilisant les réseaux sociaux.

Artiste défricheuse, Yoko Ono interroge sans cesse le statut de l’œuvre d’art ce qui reste encore aujourd’hui utilisé, par bon nombre de jeunes performers. Récompensée d’un Lion d’or pour l’ensemble de son œuvre à la Biennale de Venise en 2009, sa démarche artistique reconnaît le pouvoir de l’imagination. Ces œuvres existent grâce à «  l’autre » et à sa construction intellectuelle. Une histoire de partage collectif en somme.

 

Par Véronique Terme


Infos :

Musée d’Art Contemporain

81 quai Charles de Gaulle, Lyon

jusqu’au 10 juillet