Les 10 ans du MaC VaL

Par Cecile Harari24 octobre 2015In Articles, Revue #11, 2015

Ouvert en 2005, le MAC VAL est le dernier né des grands musées franciliens, le trublion du paysage culturel. Dix ans déjà ! Le nouvel accrochage de la collection, L’Effet Vertigo, est l’occasion de se retourner sur sa courte histoire et sur ses objectifs ambitieux.

L’Effet Vertigo choisit d’interroger la question du temps. Le temps historique évidemment que nous fait approcher l’artiste par son regard original, personnel et décalé sur l’événement. Ainsi le peintre Lahouari Mohammed Bakir fait le choix du vide et du silence et pourtant ses toiles semblent contenir une mémoire extrêmement chargée. Il nous présente sur chaque tableau, en écho avec une actualité implicite, un objet lourd de sens.

Le temps, c’est aussi celui du récit : de la grande histoire à la petite, il n’y a qu’un pas. C’est ce que nous montre Pascal Convert dont le thème de prédilection est le rapport entre la mémoire et l’oubli : des objets du quotidien sont à regarder au travers du prisme historique de la Seconde Guerre mondiale. Ainsi, des livres ou des photos de familles d’époque sont reformés pour évoquer l’autodafé, la destruction matérielle ou la mort des soldats.

Le parcours de l’exposition est aussi une mise en perspective de l’histoire de l’art. Sur les pas de Marcel Duchamp, Roman Cieslewicz se réapproprie à son tour La Joconde, dans son aspect galvaudé. Il en détourne l’image avec ironie à travers sa représentation vulgarisée par la carte postale.

Le spectateur est invité à investir l’espace de l’exposition pensé lui-même comme un récit à écrire et raconter. En effet, plutôt que les œuvres d’art, c’est bien la place du spectateur qui est au centre du questionnement de l’institution culturelle. Le titre choisi : « L’Effet Vertigo », en référence à Hitchcock, introduit la question du mouvement et de l’immobilité, ainsi que du changement de rapport au sujet. Il s’agit d’une temporalité et d’une distance portées par les œuvres mais aussi et surtout celles de la relation des spectateurs à ces œuvres.

Kader Attia, par exemple, brouille l’échelle et les distances avec une installation monumentale qui présente une série de réfrigérateurs détournés, où l’objet quotidien répété en grand nombre est une critique de la société de consommation. En même temps, la configuration de l’ensemble rappelle les tours d’un quartier d’affaire. Untitled (Skyline) invite le spectateur à adopter différents points de vue dans son approche mais aussi dans l’espace.

Agnès Geoffray expose une série d’images photographiques connotées historiquement et qui  semblent provenir d’archives documentaires. Ces images sont en réalité des productions de l’artiste qui joue avec la perception et l’interprétation du spectateur, afin de l’inviter à remettre en question son rapport à l’image.

Au contraire, documentation céline duval travaille à partir de réelles archives pour construire une fiction de l’image elle-même. L’artiste photographie et intervient sur son matériau pour mettre ainsi ces images en scène dans des installations.

Le choix de cet accrochage est de nous ouvrir sur la pluralité d’interprétations de l’art. Les histoires, ce sont aussi celles que se construit chaque spectateur, et c’est avant tout pour lui que le MAC VAL est pensé. On en revient à la vocation première du musée : pédagogique et politique. Pour ses dix ans, il maintient l’ambition d’une culture à la fois haut de gamme et populaire.

 

Par Cécile Harari


Infos :

L’effet Vertigo : nouvel accrochage

François Morellet, Seven Corridors

MAC VAL

place de la Libération, Vitry-sur-Seine

du 24 octobre 2015 au 6 mars 2016