Jean-Luc Moulène

On connaissait surtout le travail photographique de Jean-Luc Moulène, ce sont exclusivement des objets en trois dimensions qu’il présente pour son exposition monographique au Centre Pompidou. Dans cet espace très ouvert sur l’extérieur de la galerie 3 – plateau ouvert sans cloisons ni murs – les objets – réalisés avec des technologies du design industriel – sont placés sur des socles gris, volumineux, dispersés dans l’espace de manière assez lâche. L‘axe des socles décrit un mouvement vague, laissant le regardeur inventer sa déambulation et sa proximité avec les oeuvres : en faire l’expérience.

Invité à concevoir une rétrospective de son oeuvre, Jean-Luc Moulène précise avoir choisi de présenter une “rétrospective de protocoles”, dont le fil rouge est la théorie mathématique des ensembles : la fameuse histoire des patates de notre enfance, qui décrit les deux cercles qui s’entrecroisent, avec, au milieu, l’espace de leur intersection. C’est sur cet “espace commun” que se focalise son “programme de production”, cherchant sa forme et son interaction avec l’espace individuel. Tout un programme : “Je dirais que le dépassement de l’exposition comme oeuvre, c’est le programme comme oeuvre” (Extrait d’un entretien avec Sophie Duplaix, commissaire de l’exposition).

Ce programme donne lieu à des objets très sculpturaux, curieux, hybrides, dont on perçoit qu’ils sont les produits de certains gestes : mouler – couper – extraire – assembler – évider – tailler – fracturer – coller… Gestes mus par cette curiosité motrice du “On verra bien à quoi ça ressemble“. De l’os à la machine : segments de corps raboutés comme des assemblages de moignons, presque-buste en mousse sanglé dans un corset de plastique bleu, corps/carrosseries, sections de sculptures réunies… On est immergé dans la dimension très corporelle de l’œuvre de Jean-Luc Moulène, qui a toujours sous-tendu son travail photographique. Elle est très lisible dans sa publication qui accompagne et éclaire l’exposition, “Quiconque” : le rapport du corps aux technologies –  amputations et réparations – comment le mobilier urbain contraint nos corps – ces creux des objets dans lesquels le corps est censé s’emboîter – prothèses, barrières… Jean-Luc Moulène nous confronte à une violence physique, plastique et politique : nous soigne ou nous blesse ?

 

Par Claire Colin-Collin


Infos :

Centre Georges Pompidou, galerie 3

place Georges Pompidou, Paris 4è

jusqu’au 20 février 2017