« Comme un frisson assoupi »

« Comme un frisson assoupi » propose une déambulation polysensorielle dans le travail de deux artistes dont les recherches défient la suprématie de la perception visuelle en alliant formes plastiques et immatérielles. Si Karine Bonneval utilise le son, Julie C. Fortier, originairement plasticienne, photographe, vidéaste et performeuse, compose en parfums d’invisibles et fugaces récits.

 

Julie C. Fortier :

« Le jour où les fleurs ont gelé, la rivière s’est brisée et les fauves ont surgi de la montagne ».

De cette prophétie au passé, entendue autour d’une insomnie, l’artiste a fait émerger en trois oeuvres un paysage imaginaire. Au détour de l’immense rivière de perles inondant l’espace, rôdent les âmes comme des fauves. Des manteaux de fourrure enlacent des corps absents, fantômes surgis de la mémoire de l’artiste, flottant au dessus des visiteurs et renfermant le parfum d’existences passées. Ces vivants souvenirs, que l’artiste exalte dans l’ensemble de son travail, trahissent ses préoccupations récurrentes pour les phénomènes de la perte et l’idée de la transmission.

Le temps de l’exposition semble suspendu, pétrifié à l’image de ces poétiques horloges en verre et en céramique dans lesquelles l’artiste a emprisonné des molécules odorantes qui s’épanouissent en fleurs cristallines. Seule l’odeur y palpite doucement. Car les compositions volatiles de Julie Fortier vivent et ravivent, animant les formes et circulant dans l’air comme une ronde des esprits.

 

Karine Bonneval : sonder l’invisible dans la nature

Depuis ses premières œuvres autour des plantes et de l’arbre, Karine Bonneval mène une recherche sur notre connexion à la nature. Les lieux et leur histoire l’inspirent notamment comme point de départ pour interroger notre relation aux végétaux. Elle cultive l’apprentissage des savoir-faire, le fait main… Elle crée des pièces qui sollicitent notre envie de toucher et appellent à l’imaginaire. Celles-ci convoquent aussi bien le décoratif, le baroque que les oppositions entre le naturel et l’artificiel.

Karine Bonneval s’enrichit des rencontres avec des scientifiques et des habitants dans les lieux où elle intervient. Elle s’intéresse au sol et aux micro-organismes vivants qui le constituent. Récemment, elle a développé un projet de céramique sonore.

A l’Onde, elle propose aux visiteurs d’écouter la terre. Ces œuvres sont le fruit d’une collaboration avec Fanny Rybak, bioacousticienne de l’Institut des Neurosciences de Paris-Saclay, l’équipe en écologie végétale du jardin botanique de Berlin et la céramiste Charlotte Poulsen. Elle a installé sa série Fungis, des dômes en papier mâché et terre crue inspirés des « cases-obus » musgum du Cameroun. Ces œuvres suggèrent l’activité, les changements incessants du sol. Le spectateur attiré par leur ouverture, s’en approchant, perçoit d’étranges sons, ceux des profondeurs.

Une autre installation, montrant au sol du terreau, et au mur une image d’un élément microcosmique, propose une expérience d’un paysage, à la fois sonore, visuel et odorant, des matières naturelles qui le constituent.

Ainsi, Karine Bonneval invite à découvrir la richesse et la complexité du sol sur lequel nous marchons. C’est un monde qui se révèle, où tout est en constant mouvement.

 

Par Clara Muller


Infos :

Karine Bonneval et Julie C. Fortier

Comme un frisson assoupi

Centre d’art Micro Onde

8bis, avenue Louis Bréguet, Vélizy- Villacoublay
du 27 janvier au 24 mars