Animalités

Par Veronique Terme13 avril 2017In Articles, 2017, Revue #15

Il n’y a pas si longtemps, en janvier 2015, la loi française reconnaissait dans le code civil, l’animal comme un «être vivant doué de sensibilité ». Il n’était plus considéré comme un bien meuble. De quoi s’interroger sur notre propre perception de la figure animale. Le centre d’art La Graineterie nous y invite avec une exposition collective des plasticiens Laurent Le Deunff, Francoise Pétrovitch et Julien Salaud. Le parcours proposé présente leurs démarches, sans caractère d’exhaustivité mais avec subjectivité, poésie et cynisme parfois, et explore l’ambiguïté des rapports homme/animal.

Depuis toujours l’animal a fasciné les artistes, avec chaque fois de nouvelles explorations : de l’art pariétal dans la grotte Chauvet à Wim Delvoye tatoueur de porcs vivants…

Dans notre culture la représentation de l’animal permet à l’homme de s’interroger sur son identité. A l’humanité douée de raison, on oppose l’animalité. Cette exposition s’intéresse au monde animal soumis à nos idéaux, entre bienveillance et manipulation, phénomènes d’apprivoisement et de domestication et aussi parfois même de mise à mort.

Françoise Pétrovitch, née en 1964 présente des lavis d’encre ainsi que des installations vidéo (Le loup et le loup, 2011 et Panorama, 2016), la figure animale présente dans ses œuvres vise à comprendre le monde, entre intimité et familiarité. L’animal, fragile, semble souvent aux prises avec nos peurs ou nos espoirs. Soumis aux jeux de l’enfance il peut subir la domination ou la mise à mort, mais il peut aussi s’attacher à l’image d’une force protectrice ou encore s’ouvrir à l’interprétation.

Les sculptures de Laurent Le Deunff, né en 1977 représentent de petits animaux en ayant avalé d’autres, plus grands. Le pelage reste, la forme change. Réalisées en papier mâché et peintes à la gouache, ces œuvres font directement référence à l’univers carnavalesque, à des animaux, qui comme des hommes, auraient eu envie de se travestir. Quant à sa série sculpturale des neuf Arbres à chats, elle offre un point de vue cynique délectable sur nos façons de considérer l’animal au travers du filtre humain.

Les installations et sculptures de Julien Salaud, né en 1977 passent par la taxidermie. Cette technique au cœur du travail de l’artiste, redonne à l’animal sa beauté première, lui offrant dès lors une place privilégiée dans nos intérieurs et nous interroge sur le rapport de domination exercé par l’homme sur l’animal. Ses œuvres, qui usent du décalage qu’apporte l’ornementation (broderies de fils et de perles) se rapportent à des contes et des mythes anciens inscrits dans notre mémoire collective. En les hybridant, il les transforme pour se tourner davantage vers les civilisations qui ne voient pas en la mort une fin en soi, mais une transformation. Animalités montre les derniers trophées de chasse de Julien Salaud, qui installent le trouble en hybridant des moulages humains et des taxidermies animales. Ici, de la mort naîtrait l’harmonie.

Si vous souhaitez creuser votre réflexion sur les modes de relation que nous tentons d’établir avec le règne animal, rendez-vous à la Graineterie du 21 janvier au 11 mars.

 

Par Véronique Terme


Infos :

La Graineterie

27 rue Gabriel Péri, Houilles

du 21 janvier au 11 mars 2017