Cet été tous les chemins passent par Melle

jusqu’au 23 septembre

À la biennale internationale d’art contemporain de Melle, en Nouvelle Aquitaine (Deux-Sèvres), pas de white cubes mais des installations et des œuvres présentées in situ par vingt-deux artistes internationaux, inspirés par l’histoire des lieux qui les hébergent, dans la ville au riche patrimoine historique, dont trois superbes églises romanes. Connue de tout l’Empire carolingien pour ses mines d’argent et sa production de pièces de monnaie, Melle cultive aujourd’hui sa créativité et son ouverture au monde avec le thème du « Grand Monnayage », un clin d’œil à la richesse locale. Cette huitième édition de la biennale, sous la houlette des deux nouveaux directeurs artistiques, Chloé Hipeau-Disko et Frédéric Legros, accueille des artistes contemporains de différents horizons, invités à aborder ces notions toujours d’actualité que sont l’argent, l’échange, la valeur, la spéculation et, tout simplement, la pierre en tant que minerai.

 

En cet été caniculaire, la ballade invite à la découverte au fond des mines, des grottes fraîches et humides, illuminées de quartz, où était extrait l’argent, remplacé aujourd’hui par des œuvres de Yoko Ono ou celle du Chypriote Cristofodoulos Panayotou, L’achat du cuivre, transposition minérale de l’histoire archéologique et économique de son île natale, figurée par une fontaine construite à partir d’une cathode de cuivre, en écho à la transformation du métal brut en objet de valeur marchande.

Une autre destination éveille la curiosité dans ce parcours piétonnier, la sévère église Saint-Savinien transformée un temps en prison, accueillant deux créations de David Brognon et Stéphanie Rollin, Until Then et 8m2 Loneliness, réflexions amères et dérangeantes sur la valeur du temps qui passe - et la recherche d’un nouvel étalon pour le mesurer. Assis sur une chaise attend Robert Samuel, un Américain qui a inventé son job : se faire payer pour attendre à la place des autres. Il s’agit cette fois d’accompagner une fin de vie, qui se déroule pour de vrai cet été en Belgique où l’euthanasie est admise.

Autres lieux et autres découvertes au fil des rues, l’Hôtel du Ménoc, bâti au XIVe, puis transformé en tribunal au XIXe, qui héberge plusieurs artistes : Jannis Kounellis et Jimmie Durham avec leurs deux œuvres réunies, Deposizione, dont une interprétation de la descente de Croix et une réflexion sur les pouvoirs opératoires du témoignage. On y voit aussi Ali Cherri, Pieter Vermeersch, Philip Wiegard et les très belles tapisseries d’Otobong Nkanka, The discovery et The transformation, qui interrogent, à travers l’exploitation du mica, la valeur accordée aux ressources naturelles.

Avec ses églises romanes, Melle se situait à la croisée des chemins pour Saint-Jacques de Compostelle. Les œuvres exposées jouent avec la mémoire des lieux. Telles le Rocher cœur de Ghada Amer ou encore Reversion de Cécile Beau et Emma Loriaut, alliant alchimie et métaphysique à l’église Saint-Pierre dans une transposition aquatique de la transmutation de l’argent et du cuivre. Dans ce même lieu cohabite une grande marqueterie d’Hubert Duprat, inspirée par les éléments comme le feu et l’eau, en rappel à la tapisserie de l’Apocalypse d’Angers. A Saint-Hilaire, Clemens Botho Goldbach dresse, dans une mise en scène assez spectaculaire, Eruin 50 Eur Neu, des édifices retraçant les architectures fictives présentes sur les billets de 50 euros.

Au fil des rues, en passant par le Lavoir de Villiers (Gloria Zein, Renata Lucas, etc.), une rencontre à ne pas manquer, située cette fois au sein de l’Office du tourisme, avec deux autres artistes dont Aram Bartholl, One thousand and One Market Caps, scrutant tel une vigie, le recensement et l’utilisation des monnaies virtuelles. Et une révélation avec l’installation singulière et particulièrement riche d’Elsa Fauconnet, Acropolis Bye Bye, qui mêle vidéo, sculpture, gravure, peinture. Découvrez et savourez cette rêverie poétique et burlesque, mythologique et mélancolique inspirée par la crise grecque et la spéculation hollandaise sur les tulipes au XVIIe siècle. Avec son travail, cette artiste réussit à recréer des formes nouvelles pour convoquer la mémoire collective sur ce qui n’a pas… ou plus de prix.

 

Patricia Salentey

 

 

Infos pratiques :

Le grand Monnayage

8e biennale internationale d’art contemporain de Melle

30 juin – 23 septembre

Biennale-melle.fr

 

©  Artais - art contemporain -  mars 2017 - Tous droits réservés

Le contenu de ce site est destiné uniquement à un usage privé au sens de l’article L 122-5 du Code de la Propriété Intellectuelle.

Toute autre utilisation est formellement interdite. La diffusion partielle ou totale du contenu du site, des images et des articles est également interdite